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SECTEUR COURANT DU MANUEL > TEDI - Transformations des États démocratiques industrialisés > Jérôme VALLUY    

Segment - L’organisation du politique par le service public

A. En cours de rédaction
I. À éditorialiser


L’aspiration à une rationalisation du politique ne s’exprime pas seulement par des éléments d’idéologie scientifique mais également dans des aspiration à une vie politique plus organisée. L’organisation est valorisée contre les désordres : organisation contre les soubresauts anarchiques de la concurrence ou de la spéculation ; organisation contre l’influence occulte des intérêts privés sur les décisions de l’Etat ; l’organisation contre les passions et emportements des foules ou les excès démagogiques des politiciens. Comme l’affirme un auteur du début du siècle (Dubois-Richard, L’organisation technique de l’Etat, 1930) : « L’heure est venue de traiter les problèmes du gouvernement avec la rigueur méthodique qu’on apporte aux recherches de la physique ou de la biologie. »

Cette aspiration à l’organisation ne se réduit pas à un simple valorisation d’un ordre répressif. Au contraire, elle est tourné vers la recherche d’un pouvoir moins répressif que régulateur, moins commandeur que partenarial. Le modèle de gestion de référence est déjà celui de l’entreprise. Gérer l’Etat comme une entreprise en lui appliquant les techniques modernes de gestion, tel est le mot d’ordre. Il apparaît dès le début du siècle dans la pensée de Henry Chardon et de l’ingénieur Fayol. En France, Gabriel Ardant (collaborateur de Pierre Mendès-France) plaide ainsi pour le rendement, la productivité, le calcul des coût, au sein même des administration (De la productivité dans les services publics, 1953). Ensuite, la 5e République donne lieu à importation massive des conceptions rationalisatrices en honneur aux Etats-Unis (du PPBS « Planning Programming Budgeting System » à la RCB « rationalisation des choix budgétaires »).

La volonté d’organiser le politique à partir du service public se concrétise en outre en France par l’importance accordé aux processus de planification à partir de la création du Commissariat Général au Plan en 1945. Celui-ci est censé opérer l’alliance des hauts fonctionnaires et des forces vives de la nation ; il est pensé comme une alternative institutionnelle à un parlementarisme perçu comme inadapté à la gestion des économies modernes. L’idéal planificateur est à la fois une ambition économique (conduire la modernisation de la France) et une tentative de rénovation de la démocratie par la participation des groupes socio-professionnels à la définition de l’intérêt général. En effet, pour la première fois en France, du moins à cette échelle, s’institutionnalise une véritable collaboration entre des représentants de l’Etat et des représentations socio-professionnels. Présenté comme un lieu « neutre », marque d’un idéal scientiste, le Plan est conçu comme devant être un instrument « d’universalisation symbolique d’intérêts particuliers » (Nizard, « De la planification française… », RFSP, 1972), c’est à dire le lieu où les différents intérêts catégoriels peuvent être « transformés en intérêts interdépendants devant contribuer à des équilibres globaux présentés comme l’expression du bien commun » (Dulong, Moderniser la politique. Aux origines de la Vème République, 1997)

La préparation du Plan (« il importe plus de faire un plan que d’avoir un plan ») forme une configuration (réseau/processus) qui constitue un lieu d’apprentissage et qui diffuse largement ses principes d’action. 1) Lieu d’apprentissage : Les « commissions de modernisation » qui réunissent dirigeants d’entreprises, syndicalistes et universitaires sous la houlette de hauts fonctionnaires constituent ainsi, comme l’a écrit l’un d’entre eux (Simon Nora), « une sorte d’école saint-simonienne » ; 2) Diffusion de normes : ce saint-simonisme moderne, cette idéologie d’une rationalisation du politique par la science et l’organisation publique, s’impose au-delà du CGP via les grandes écoles (Science Po, l’ENA, Polytechnique, les IEP…) à l’ensemble des cadres du secteur public, des organismes publics et para-publics mais aussi aux cadres des grandes entreprises privées ainsi qu’aux syndicats. Certains organes de presse (L’Express, L’Entreprise, Le Monde…) contribuent aussi à diffuser l’idéal planificateur.

Jérôme VALLUY‚ « Segment - L’organisation du politique par le service public  »‚ in Transformations des États démocratiques industrialisés - TEDI  - Version au 2 juillet 2022‚  identifiant de la publication au format Web : 280