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SECTEUR COURANT DU MANUEL > TEDI - Transformations des États démocratiques industrialisés > Jérôme VALLUY    

Segment - En 2018 : troisième définition des « humanités numériques » ou propulsion des « études digitales » ?



Le 16 mars 2018 aura lieu un "symposium"co-organisé par la CPDirSIC et la /SFSIC sous l’intitulé "Des humanités numériques aux Digital Studies" qui d’une part fait perdurer l’opposition entre les deux catégories "humanités numériques" et "études digitales", d’autre part indique la volonté d’abandonner la première au profit de la seconde, et enfin confirme la volonté des SIC de trouver une position commune sur ce sujet (ce qui signale qu’elle ne l’est pas à ce jour) : https://www.sfsic.org/index.php/sfsic-infos-151/appels-%C3%A0-comm./3185-symposium-cpdirsic-sfsic-des-humanite-s-nume-riques-aux-digital-studies

L’intégration croissante des humanités numériques dans les parcours académiques et l’émergence de nouveaux paradigmes autour des Digital Studies préoccupent les chercheurs.cheuses en SIC francophones. En témoignent leur participation active à la journée d’études « SIC et Digital Studies » (commission Recherche de la SFSIC, mars 2016), aux « Rencontres Humanités Numériques » (DGSIP, MENESR, mars 2017), ou encore aux livraisons 8 (2016) et 10 (2017) de la Revue française des sciences de l’information et de la communication (RFSIC) ainsi qu’à l’ouvrage Dynamiques des recherches en SIC coordonné par la CPDirSIC (à paraître en 2018).

Ces événements et publications scientifiques ont soulevé un certain nombre d’interrogations au sein de notre communauté que la SFSIC et la CPDirSIC proposent de prolonger lors d’un symposium accueilli par l’unité de recherche Costech (Connaissance organisation et systèmes techniques – Université de technologie de Compiègne) à l’Institut de management de l’information à Paris. Son objectif sera de formaliser le point de vue des enseignant.e.s- chercheurs.cheuses en SIC sur quatre thématiques faisant l’objet d’autant d’ateliers.

Les participant.e.s s’engagent à produire un travail collectif visant un consensus disciplinaire, à participer à un seul et même atelier et, durant toute la journée, à rédiger des propositions qui, in fine, seront soumises au groupe. Au-delà du Manifeste publié en 2017 (https://rfsic.revues.org/2630), il s’agira de construire ensemble une position des sciences de l’information et de la communication sur les défis posés par l’écosystème numérique. Pour finaliser cette réflexion et en prévision d’un ouvrage commun CPDirSIC/SFSIC, une seconde journée de travail est envisagée en septembre 2018.

Le programme de la journée l’organise en quatre ateliers qui réactualisent les questions centrales du débat tout y ajoutant la dimension "enseignement" jusque là moins présente mais qui est centrale depuis notamment la création d’une mention de Master en « humanités numériques » par le MESR en février 2014... placée au beau milieu des sciences sociales comme indiquer à celles-ci qu’elles devraient intégrer cette dimension dans leurs recherches et formations.

Sociologie.
Démographie.
Ergonomie.
Sciences sociales.
Etudes sur le genre.
Sciences économiques et sociales.
Humanités numériques.
Sciences cognitives.
Etudes européennes et internationales.
Civilisations, cultures et sociétés.

En revanche, dans l’autre partie de la nomenclature, où se côtoient les SIC et les humanités, le mot numérique n’apparaît pas :

Journalisme.
Information, documentation.
Communication, publicité.
Communication publique et politique.
Culture et communication.
Information, communication.
Sciences de l’information et des bibliothèques.
Muséologie, muséo-expographie.
Information et médiation scientifique et technique.
Communication des organisations.
Intervention et développement social.
Métiers du livre et de l’édition.
Lettres.
Arts, lettres et civilisations.
Lettres et humanités.
Littérature générale et comparée.
Etudes culturelles.
Création littéraire.
Français langue étrangère.
Langues, littératures et civilisations étrangères et régionales.
Langues et sociétés.
Langues étrangères appliquées.
Traduction et interprétation.
Didactique des langues.
Humanités.

Les mentions de master ne sont qu’un indice parmi d’autres de problèmes plus généraux qui concernent les financements de l’enseignement et les financements de la recherche. Des postes d’enseignants-chercheurs fléchés vers le numérique et notamment les "humanités numériques" augmentent significativement ces dernières années. On peut se demander si le débat s’orientera vers une réforme du label "humanités numériques" au profit d’un autre label, celui des "études digitales"... Je doute, pour ma part, qu’un simple changement d’intitulé règle les problèmes paradigmatiques beaucoup plus profonds apparus dans ce débat des dernières années. Je doute aussi que les forces politiques et économiques qui ont propulsé le label "humanités numériques" depuis dix ans s’affaiblissent subitement, et seulement en France, en raison d’un tel changement d’intitulé alors que la catégorie des "digital humanities" continue de prospérer politiquement dans les autres pays et dans les institutions internationales (européennes, onusiennes, etc).

D’où le projet de collection d’ouvrage, lancé au printemps 2016 (puis mis en suspend de sept. 2016 à sept. 2017 en raison de contraintes personnelles) intitulé "humanités numériques plurielles" dont le texte de cadrage me paraissait aussi important que le projet éditorial pour signaler que l’on pouvait développer une position intellectuelle consistant à composer avec ce label des "humanités numériques" tout en élargissant sa perspective intellectuelle : http://www.reseau-terra.eu/rubrique304.html

"Humanités Numériques Plurielles (texte d’orientation)

En 2016, quand le projet de la collection HNP (Humanités Numériques Plurielles) voit le jour, les « humanités numériques » ou « humanités digitales » ou, plus largement, « études digitales » font l’objet d’une bibliographie scientifique limitée mais croissante, abondante depuis quelques années seulement dans l’espace francophone et moins d’une décennie dans l’espace anglophone. Elles font aussi l’objet de controverses, notamment en France, qui activent cette production éditoriale et expliquent, en partie seulement, la multiplication des colloques, séminaires, journées d’études. La différenciation des syntagmes donne lieu à des débats qui sont intéressants et qu’il ne s’agit pas d’occulter… mais l’on retient ici le plus commun et le plus institutionnalisé pour englober ce que désignent les autres (au moins en partie), et y introduire plus de réflexivité critique notamment en ce qui concerne l’agenda (les priorités de sujets à traiter) scientifique et didactique et aussi en ce qui concerne les présupposés voire théories implicites à l’instrumentation des SHS. Propulsé dans des réseaux de communication internationaux, scientifiques, administratifs, politiques et médiatiques, le label des humanités numériques oriente des politiques publiques (financements de recherches, de formations, de postes, de colloques, infrastructures et communications publiques...) aux finalités ambivalentes non seulement en faveur d’une nécessaire adaptation des chercheurs et enseignants, métiers de la culture au tournant numérique, à ses effets sociaux, mais aussi de réductions budgétaires, de contrôles socio-politiques, voire de marginalisation des études indépendantes et critiques.

Sur le plan intellectuel, scientifique, philosophique ou esthétique, ce label des "humanités numériques" demeure néanmoins largement indéfini en ce qui concerne ses contenus et limites, comme domaine de recherche et d’enseignement, autant que peu structuré dans ses orientations théoriques ou philosophiques. Hormis pour quelques auteurs qui en donnent une définition précise mais peu consensuelle, le label des "humanités numériques" désigne une nébuleuse encore floue et fluctuante d’objets d’études et de débats relatifs au numérique, à ses effets dans la société et dans les professions spécialisées dans l’observation et la formation de cette société, ainsi que dans les techniques et instruments utilisés pour cette observation. Malgré (ou à cause de) cette relative indéfinition, les "humanités numériques" forment le premier label ou intitulé assez largement utilisé pour fédérer et dynamiser les efforts de prise de conscience et d’adaptation. Il exprime surtout l’urgence pour les arts, lettres et sciences humaines et sociales de réfléchir à leur agenda intellectuel et scientifique, à leurs méthodes de travail et à leur place – leur crédibilité et leur audience notamment - dans une société du 21e siècle en cours de transformation rapide sous l’effet de la généralisation des usages sociaux de technologies numériques. Le mot "numérique" tend ainsi à désigner tout ce qui se rapporte à ce phénomène historique, depuis une ou deux décennies, de généralisation des usages ordinaires ne nécessitant pas de compétence "informatique" (ce qui signale l’écart croissant entre deux domaines). En dehors de disciplines spécialisées, notamment les sciences de l’information et de la communication (SIC) et les sciences et ingénieries de l’informatique (de plus en plus souvent labellisées « Sciences et technologies de l’information et de la communication » STIC), particulièrement concernées, actives et productives sur le domaine, avec ou sans l’usage du label « humanités numériques » (mais qui en débattent davantage), dans toutes les autres il est le seul, aujourd’hui, permettant de désigner la fraction marginale d’objets d’étude, de travaux, d’auteurs, de débats se rapportant aux dimensions numériques de chacune des disciplines et de leurs domaines d’étude et d’enseignement respectifs. La généralisation progressive de l’usage du label reflète cette prise de conscience qui constitue un réel progrès face au conservatisme académique tendanciel, le plus souvent craintif vis-à-vis des vitesses d’évolutions vertigineuses liées à celles de l’informatisation du monde social et à la généralisation dans la population des usages de technologies numériques pour les actes les plus ordinaires de la vie quotidienne dans l’espace privé comme dans l’espace public. Par suite, l’argument des ambiguïtés de politiques publiques propulsant le label des "humanités numériques" est insuffisant pour justifier des réactions, malheureusement encore fréquentes, de rejet global du label, au risque de rejeter avec lui les objets d’études, les restructurations d’agenda, les évolutions méthodologiques donc les adaptations nécessaires face aux nouvelles technologies numériques qui modifient tant la société que ses divers secteurs d’activités notamment dans l’éducation, la recherche et la culture.

De ce point de vue, la collection des "humanités numériques plurielles" (HNP) entend contribuer, de façon spécifique, à la définition du label en publiant des ouvrages relativement distants d’un conservatisme académique qui réduirait le tournant numérique à la seule perte d’un monde connu mais distant également de certains enthousiasmes politico-médiatiques, essentiellement acritiques, quant aux effets des technologies numériques sur les humains, leurs relations sociales, leur travail et leurs sociétés globales.

La spécificité de la collection réside principalement dans les significations données au qualificatif "plurielles" considéré, pour le moment, sous les six aspects suivants :

● Le qualificatif "plurielles" ajouté au label des humanités numériques indique la volonté de regrouper l’ensemble des "humanités modernes" formées à la fin de 20e siècle principalement (en nombre d’auteurs, d’ouvrages, d’étudiants...) par des sciences humaines et sociales qui se sont construites intellectuellement, dans un souci de rationalisation des savoirs, mais parfois jusqu’à l’excès, contre les "humanités classiques" des langues anciennes, lettres, arts, philologie voire philosophies et de leurs histoires qui dominaient le champ académique au 19e siècle. Si l’opposition a eu ses raisons dans le passé, la raison ne saurait se réduire à elle, ni ignorer les phénomènes d’apprentissage réciproque au cours du 20e siècle pas plus que le rôle éclairant et formateur, pour l’ensemble des populations, des deux sous domaines. L’invention de la « science » comme croyance légitime depuis la révolution industrielle s’est accompagnée aussi d’excès : ceux de scientismes aveuglants et ceux de mimétismes naïfs vis-à-vis des sciences de la matière, jusqu’à certaines dévalorisations absurdes du caractère interprétatif des domaines de connaissance de l’humain, de ses sociétés et cultures. La notion « humanités », pour cette collection HNP, est à entendre en un sens progressiste de respect réciproque des deux sous-domaines, de leurs spécificités respectives, et aussi de recherche des synergies nécessaires aujourd’hui à la compréhension du tournant numérique qui modifie de très nombreux aspects de la vie sociale. Ainsi définies, les humanités englobent donc l’ensemble des disciplines en arts, lettres, langues, sciences humaines et sociales.

● Le qualificatif "plurielles" ajouté au label des humanités numériques, valorise la diversité des questions relatives à la dimension "numérique" du domaine d’étude, avec au premier plan de l’agenda de cette collection les recherches sur les évolutions voire transformations des relations humaines, sociales, économiques et culturelles sous l’effet du développement (dans les sociétés et milieux aisés, aux taux d’équipement élevés) des usages de technologies numériques issues des avancées conceptuelles et techniques des sciences et ingénieries de l’informatique et des sciences de la matière : que nous apprennent les humanités sur le numérique (i.e : le tournant numérique de la société ) ? (=> cf. "Inventaire" de mise sur agenda des sujets prioritaires de recherche). Mais, en second plan, et dans le prolongement des efforts séculaires de réflexivité épistémologiques et méthodologiques des sciences humaines et sociales sur les conditions et modalités de production des connaissances relatives à l’humain et ses sociétés, l’agenda de la collection HNP inclut aussi l’étude des transformations numériques dans les méthodes, instruments et techniques de la recherche, les conditions sociotechniques de productions et traitement de données, les processus de diffusion des connaissances, notamment par enseignement, publications, interactions numériques et les métiers autant que le travail , à l’ère numérique, dans l’éducation, la recherche et la culture : que peut-on faire avec le numérique (i.e : les outils numériques) dans les humanités ? Cette structure d’agenda - au premier plan les problématiques relatives à la société et au second les méthodes et outils d’observation ou de publication - qui (re)hiérarchise les deux perspectives d’interrogation, vise à s’affranchir des focales médiatiques d’émerveillement répété, voire de rêve futuriste, sur chaque émergence technologique autant qu’à éviter toute réduction du champ d’étude aux seules questions d’instrumentation technique des productions de connaissances sur l’humain et la société.

● Le qualificatif "plurielles" ajouté au label des humanités numériques évoque en outre les différenciations entre secteurs socio-professionnels et aussi secteurs de connaissances (disciplines et domaines d’étude) quant aux effets du tournant numérique sur les relations et activités humaines, notamment (mais pas seulement) dans l’éducation, la recherche et la culture. Les premières études en humanités numériques se sont focalisées, souvent jusqu’à l’excès, sur des évolutions transversales aux secteurs, par aspiration à une compréhension aussi globale qu’immédiate du monde numérique dans son ensemble. Mais l’étude collective des différenciations sectorielles dans ces évolutions numériques, voire d’une nouvelle division sociale du travail, même si elle passe par des efforts plus modestes et plus longs à produire une interprétation globale du monde, paraît aujourd’hui plus urgente tant elle fait apparaître déjà les prémices de vastes pans de connaissances à produire sur chacun des mondes sociaux du numérique et aussi sur leurs murs de verre qui les séparent dans cette époque où prospèrent les croyances en une universalité des communications par Internet : le numérique des musées diffère de celui de la musique, le numérique de l’agro-alimentaire diffère de celui des administrations ou de l’histoire, le numérique littéraire n’est pas le même que celui des juristes ou des informaticiens, le numérique de la géographie ne correspond pas à celui des langues ou de l’architecture, de même que le numérique des humanités est souvent très différent de celui des sciences de la technique et de la matière... Explorer les tendances de différenciations sectorielles, comparer les secteurs, analyser les reconfigurations multisectorielles, présente autant d’intérêt pour la connaissance, même si cela est moins valorisé médiatiquement, que le repérage des tendances transversales destinées à caractériser d’emblée cette dimension numérique nouvelle de la société globale. On peut même espérer qu’une meilleure connaissance des secteurs informera une interprétation plus fiable de la société globale.

● Le qualificatif "plurielles" ajouté au label des humanités numériques appelle également des études et réflexions sur les différenciations culturelles et linguistiques des mondes sociaux numérisés qui dessinent peut-être une nouvelle cartographie mondiale dépendant moins des nations ou pays que des champs linguistiques de communication par l’Internet et de diffusion des usages de technologies numériques. La collection HNP est francophone et ouverte aux diverses provenances internationales de projets d’ouvrages dans cette langue autant qu’aux diverses formes d’échanges par traduction ou plurilinguisme avec les autres champs linguistiques des échanges numériques. Loin de tout attachement identitaire à une langue ou une identité, c’est la préoccupation antiélitiste de libre accès de tou-te-s aux savoirs qui amène à diffuser les travaux de recherche dans la langue de près de 400 millions de personnes francophones dont la plupart ne maîtrisent pas, en 2016, d’autres langues ; c’est aussi cette préoccupation qui conduit à s’intéresser particulièrement aux relations numériques entre pays pauvres et pays riches autant qu’entre catégories pauvres et catégories riches des populations. La collection HNP accueille en outre des travaux qui ne présupposent pas hâtivement, par le seul examen des similitudes de tendances technologiques internationales, une homogénéité culturelle du numérique mondial, et marque un intérêt particulier pour ceux qui examinent des hypothèses de différenciations des champs linguistiques-culturels du numérique. Les études des processus de constructions sociales de "visions du monde" spécifiques sur un même sujet du domaine des humanités numériques sont bienvenues.

● Le qualificatif "plurielles" ajouté au label des humanités numériques souligne l’importance vitale du pluralisme axiologique, théorique ou paradigmatique, et de la confrontation des points de vue, donc de la controverse comme processus normal de progrès dans le champ des humanités... et aussi de l’esprit critique comme orientation nécessaire à toute recherche de perfectionnement. Le pluralisme des valeurs qui traversent depuis toujours les humanités classiques et modernes est multiple : éthique, esthétique, philosophique ou politique. La collection HNP s’inscrit dans une tradition humaniste issue de la philosophie des Lumières jusqu’au libéralisme politique des révolutions du 18e siècle ainsi que dans ses développements plus égalitaristes au 19e siècle tendant à l’émancipation des classes et peuples dominés ou jusqu’aux recherches, au 20e siècle, sur les rapports culturels à l’altérité, les problématiques dites de race, de classe, de genre, d’âge et autres conditions ou "identités" sociales (réelles, perçues ou imputées), ainsi que sur les sujets se situant à l’intersection de ces problématiques, les formes de rejet et de domination symbolique et politique ainsi que les inégalités et les politiques de mise à l’écart qui en résultent. Dans la perspective pluraliste adoptée dans cette collection, soucieuse des sujets et pensées minoritaires autant que d’une « bibliodiversité » vitale pour les cultures démocratiques, les auteurs sont appelés à expliciter clairement leurs systèmes de valeurs plutôt qu’à les masquer sous des artifices de neutralité et des jargons ésotériques. La "neutralité axiologique" parfois déontologiquement souhaitable ou simplement nécessaire dans l’enseignement public peut donner lieu aussi à explicitation et discussion. Les auteurs de recherches ou créations pourront parcourir le catalogue des publications du réseau Terra-HN, depuis plus de dix ans, pour repérer le référentiel axiologique du cadre éditorial, notamment l’attachement aux libertés humaines fondamentales inscrites dans la déclaration des droits humains fondamentaux reconnus par l’ONU en 1948.

● Le qualificatif "plurielles" ajouté au label des humanités numériques valorise enfin la diversité des formes éditoriales numériques autant que l’articulation des réflexions à ce sujet avec deux valeurs cardinales, étroitement corrélées, de la collection HNP : le libre accès aux savoirs de tous et l’indépendance la plus complète possible des auteurs dans leur diversité. La Collection HNP rejoint, sur les aspects formels de son activité éditoriale, les finalités du projet IDEAL (Indépendance et Développement des Éditions en Accès Libre). Dans cette perspective la collection accueille notamment des recherches tant sociologiques qu’économiques et des veilles technologiques sur les nouvelles formes d’éditorialisation numérique ainsi que sur les usages sociaux du numérique. Elle procède à des recherches technologiques et expérimente des prototypes innovants d’ouvrages numériques indépendants en accès libre (ONDIAL), mais sans faire de l’innovation technique une priorité qui pourrait supplanter la réflexivité. La priorité de la collection HNP est de publier des contenus intellectuellement validés par son comité éditorial, y compris en rééditant des ouvrages initialement publiés sur papier, épuisés ou non rééditables, auxquels leurs auteurs souhaitent donner une nouvelle vie et surtout une plus grande audience par publication en libre accès sous licence CC. Les formes sociotechniques, dimensions et architextes des publications varient d’un ouvrage à l’autre mais la préférence va, en 2016, aux formats qui assurent aux auteurs la plus grande audience (par diffusion, circulation, stockage, citation et réutilisation des documents) tout en réduisant les coûts de production au plus bas niveau possible : les formats de type « PDF » et « Word » ou, de préférence, leurs équivalents en logiciels libres. Ce choix, qui correspond à celui déjà fait par la bibliothèque des « Classiques des sciences sociales », se fonde aujourd’hui sur l’analyse des évolutions récentes de comportements de lecture sur tablette, des conforts croissants de lecture et annotation sur ce support, des facilités pour transférer, stocker et rediffuser ces formats, des potentiels qu’ils offrent de citations longues dans les processus d’éditorialisation enrichie et de rééditorialisation. Ce n’est qu’en fonction des besoins particuliers ou souhaits d’auteurs, individuels ou collectifs, et d’apports financiers issus notamment de leurs programmes de recherche, que l’éditorialisation en html sous "CMS" (content management system / système de gestion de contenus) complexes et avec des enrichissements éditoriaux sous-traités sont envisagés, ainsi que des publications au format ePUB.

Secrétariat de collection (2017/2018) :

BARATS Christine (sc.info-com) - BOURDELOIE Hélène (sc.info-com) - CLAVERT Frédéric (histoire) - DUMOUCHEL Suzanne (sc.info/com) - RAICHVARG Daniel (sc.info-com) - VALLUY Jérôme (sc.politique / sc.info-com)

Équipe éditoriale (2017) (en cours de constitution) :

AÏM Olivier (sc.info-com) - ALBERO Brigitte (sc.education) - ALLARD Laurence (sc.info-com) - ALLOING Camille (sc.info-com) - ALLOUCHE Jean-Paul (mathématiques) - ANTONUCCI Jean-Luc (architecture / cinéma) - BACHIMONT Bruno (philosophie / sc.informatique) - BADOUARD Romain (sc.info-com) - BARATS Christine (sc.info-com) - BEAUCHEF Hélène (édition numérique) - BENEL Aurélien (sc.informatique) - BERNARD Michel (littérature/informatique) - BERNARDOT Marc (sociologie) - BERRA Aurélien (Langues et littératures anciennes / philologie) - BIGO Didier (sc.politique) - BONACCORSI Julia (sc.info-com) - BOUCHARDON Serge (sc.info-com / littérature) - BOUCHE Thierry (mathématiques / édition numérique) - BOUDET Martine (littérature) - BOUQUILLION Philippe (sc.info-com) - BOURDELOIE Hélène (sc.info-com) - BOURRE Robert (sc.info-com) - BROCA Sébastien (sociologie) - CANDEL Etienne (sc.info-com) - CARAYOL Valérie (sc.info-com) - CASILLI Antonio (sociologie) - CHARTRON Ghislaine (sc.info-com) - CHASKIEL Patrick (sc.info-com) - CHATEAURAYNAUD Francis (sociologie) - CITTON Yves (littérature) - CLAVERT Frédéric (histoire) - DAMOME Etienne (sc.info-com) - DESMOULINS Lucile (sc.info-com) - DOMENGET Jean-Claude (sc.info-com) - DOUEIHI Milad (littérature / philosophie) - DOUYERE David (sc.info/com) - DUMOUCHEL Suzanne (sc.info/com) - FRANCFORT Didier (histoire / musique) - FRAU-MEIGS Divina (sc.info-com) - GEBEIL Sophie (sc.info-com) - GEFEN Alexandre (littérature) - GEORGE Eric (sc.info-com) - GRANDJEAN Martin (histoire) - GUGLIELMONE Isabel (sc.info-com) - HULIN Thibaud (sc.info-com) - JAZIRI Raouf (sc.gestion / sc.info-com) - LAVIGNE Michel (arts / multimédia) - LE MAREC Joëlle (sc.info-com) - LÉNARD Fabien (sc.info-com) - LENOBLE-BART Annie (histoire / sc.info-com) - MABI Clément (sc.info-com) - MASSOU Luc (sc.info-com) - MATTHEWS Jacob (sc.info-com) - MERCIER Arnaud (sc.info-com) MERZEAU Louise ( ) - MOEGLIN Pierre (sc.info-com) - MOULIER-BOUTANG Yann (sc.économique) - MPONDO-DICKA Patrick (sc.info-com / audiovisuel) - NICOLAS-LE-STRAT Pascal (sc.education / sociologie) - PALMIERI Joelle (sc.politique) - PAQUIENSEGUY Françoise (sc.info-com) - PARIZOT Cédric (anthropologie) - PASQUIER Florent (sc.education) - PETIT Laurent (sc.info-com) - PEYREBONNE Nathalie (littérature) - PIRON Florence (Anthropologie, éthique, sc.info-com) - PRIE Yannick (sc.informatique) - PUCHEU David (sc.info-com) - RAICHVARG Daniel (sc.info-com) - RANDRIANJA Solofo (histoire) - ROUX Benjamin (édition numérique) - ROUZE Vincent (sc.info-com) - RUIZ Émilien (histoire) - SAEMMER Alexandra (sc.info-com) - SCHOPFEL Joachim (sc.info-com) - SCOPSI Claire (sc.info-com) - SENECAL Michel (sc.info-com) - SEVERO Marta (sc.info-com) - TRICLOT Mathieu (philosophie) VALLUY Jérôme (sc.politique / sc.info-com) - VERLAET Lise (sc.info-com) - VEYRON-CHURLET Aurélie (édition numérique) - VICENTE Michael (sociologie) - VIDAL Philippe (géographie) - WILHELM Carsten (sc.info-com) - VINCENT Julien (histoire) - VITALI-ROSATI Marcello (littérature / philosophie) - WOJCIK Stephanie (sc.info-com) - WORMSER Gérard (philosophie) - ZACKLAD Manuel (sc.info-com)

Si cette voie était suivie massivement par les collègues (ce que je ne crois pas devoir être le cas), une troisième définition des « humanités numériques » émergerait alors dans le corpus scientifique…

Humanités numériques (Quelle troisième définition des "humanités numériques" ?)

Les humanités numériques désigneraient le vaste domaine de recherches et de débats relatif au tournant numérique dans les sociétés et milieux aisés (le niveau de richesse déterminant l’élévation des taux d’équipements technologiques) c’est à dire à la généralisation des usages ordinaires d’instruments et de logiciels issus de l’informatique dans les actes quotidiens, privés ou publics, de la vie en société. Elles désigneraient également l’extension de la prise de conscience à travers les diverses disciplines scientifiques et didactiques des humanités modernes, incluant massivement à la fin du 20e siècle les sciences humaines et sociales (économie, sociologie, psychologie, histoire sociale et économique, sciences juridiques et politiques, géographie, philosophie et épistémologie...), mais aussi les anciennes humanités du 19e siècle (arts, littératures, philologie, histoire des langues et cultures...), de l’urgente nécessité de reconsidérer leurs agendas de recherche, leurs méthodes d’observation et leurs modes de communication. Elles examineraient les transformations méthodologiques liées aux nouvelles technologies d’information, de traitement et de communication utilisables dans les recherches mais en approfondissant la connaissance des différenciations sectorielles de ces transformations, entre "secteurs" souvent à la fois scientifiques & didactiques et socioprofessionnels. Elles intègreraient enfin de plus en plus la diversité des paradigmes et théories, divergents voire antagonistes, comme état normal des débats intellectuels et prennent en considération les différenciations de cultures numériques entre les ères linguistiques-culturelles de l’Internet.

En repassant sur les mêmes plateformes (openedition, cairn, erudit, persee, tel, hal, google-scholar... + recherches connexes par renvois des bibliographies d’auteurs) avec les mêmes mots-clefs, chaque année, à la même période, depuis plusieurs années, j’observe que la moisson 2017 est nettement plus faible quantitativement que les années précédentes. C’est difficilement quantifiable et donc intuitif (à la lecture rapide des textes référencés), mais j’ai l’impression que le label "humanités numériques" (ou ses équivalents) est de moins en moins employé par les chercheurs dans leurs intitulés d’articles, de livres et même dans le texte intégral de leur travaux. Comme si, en raison des critiques et controverses apparues en 2015 et 2016, ils évitent ou hésitent en 2017 à l’utiliser, sauf lorsqu’ils restent attachés aux premières définitions des humanités numériques mais en étant alors de moins en moins nombreux… Est-ce que le label des « digital studies » prospérera alors comme catégorie de rattachement des chercheurs travaillant sur les dimensions numériques de l’humain et de la société ?

J’en doute, d’abord parce qu’il lui faudrait alors une traduction en français et que la traduction littérale des « études digitales » ne fait pas sens au-delà d’un petit nombre de spécialistes et ensuite parce que l’institutionnalisation de la catégorie des « humanités numériques » est déjà très avancées dans les institutions internationales, nationales et locales (établissements) tant de la recherche que de l’enseignement, et que, pour cette raison, il est peu probable qu’elle disparaisse des cadrages institutionnels de l’action publique sur le secteur de l’enseignement supérieure et de la recherche.

Le récent symposium "Des humanités numériques aux Digital Studies - Positions et propositions des Sic", co-organisé ce 16 mars 2018, par la CPdirSIC et la SFSIC m’a donné l’impression que cet intitulé de symposium pourrait, dans les prochains mois, se lire et se construire non pas comme une opposition entre "humanités numériques" et "digital studies" mais comme une façon de tirer intellectuellement le label institutionnel des humanités numériques vers les études digitales ce qui serait une bonne chose : https://www.sfsic.org/index.php/sfsic-infos-151/appels-%C3%A0-comm./3185-symposium-cpdirsic-sfsic-des-humanite-s-nume-riques-aux-digital-studies

Jérôme VALLUY‚ « Segment - En 2018 : troisième définition des « humanités numériques » ou propulsion des « études digitales » ?  »‚ in Transformations des États démocratiques industrialisés - TEDI  - Version au 21 juin 2022‚  identifiant de la publication au format Web : 437