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SECTEUR COURANT DU MANUEL > TEDI - Transformations des États démocratiques industrialisés > Jérôme VALLUY    

Segment - Le temps de la critique (2015/2017...)



SOMMAIRE

L’année 2016 marque une nouvelle césure dans le cours de l’histoire naissante des humanités numériques francophones telles qu’on peut les appréhender à la date de publication des travaux scientifiques : 2016. Mais ces travaux qui paraissent en 2016 sont en préparation dans des journées d’étude, réunions, séminaires durant l’année 2015. Il vaut donc mieux englober les deux années 2015 et 2016 dans ce moment d’exacerbation de la critique des humanités numériques. Les critiques continuent de se développer en 2017, même si le corpus bibliographique semble se réduire comme pour une fin de controverse, mais elles ne paraissent pas devoir disparaître en 2018 si j’en juge par le calendrier des manifestations scientifiques programmées.

Fin 2015 et début 2016, en quelques mois se multiplient les signes d’un changement de perception dans le milieu universitaire français : 1) un appel à communication de la Société française des sciences de l’information et de la communication (Sfsic), le 24 octobre 2015, appel explicitement à des contributions critiques destinées à un numéro de sa revue qui paraît en mars 2016 ; 2) Une journée d’étude, le 30 mars 2016organisée par la Sfsic annonce, non sans une certaine virulence affichée, un projet de manifeste destiné à être présenté au 20e congrès de la société savante programmé pour les 8,9 et 10 juin 2016. 3) un autre numéro de revue, le n°19 de « Variations », parait en avril 2016 frappe par le caractère frontal des critiques adressées aux humanités numériques, à partir également d’un cadrage produit par des chercheurs en sciences de l’information et de la communication. 4) un des premiers manuels universitaires sur le domaine, intitulé « Sociologie du numérique »(Dominique Boullier), couvrant non pas seulement la sociologie mais l’ensemble des sciences sociales tend à opposer celles-ci aux humanités numériques naissantes (chapitre 6 "Les humanités numériques et au-delà") ; il est publié en avril 2016.

Des critiques radicales tendant à un rejet global

Une critique politique & militante, ultra-radicale du collectif "Pièces et main d’oeuvre" (http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=799) est publiée le 15 février 2016 par le collectif « Pièces et main d’œuvre » à Grenoble, bien connu pour ses positions farouchement anti-technologiques (voire « technophobes »). Sous le titre « "Les deux cultures", ou la défaite des humanités » le collectif présente l’ouvrage de Charles Percy SNOW, Les deux cultures et la révolution scientifique (trad. français 1968 chez Pauvert) développant un discours tout aussi farouchement pro-technologique et pro-industriel (voire « technophile ») et associent à cette pensée le développement des humanités numériques. Je cite le collectif : «  Soixante ans plus tard, c’est chose faite et nous assistons à l’essor d’un monstre oxymorique, dénommé humanités numériques. Ce que désigne cette absurdité, c’est une comptabilité statistique, un inventaire et une numérisation des données d’une œuvre ou d’un fait social, afin que des logiciels patiemment améliorés nous en livrent le sens et les ressorts. Au fond, ces pauvres gens se figurent qu’on peut savoir en la scannant, ce qui se passe dans la tête de Léonard de Vinci. Il s’agit toujours de traiter les humains et les faits humains comme des choses. Nous avons donc, sans l’aide d’aucun logiciel, ni d’aucune intelligence artificielle, procédé au résumé et à l’analyse du livre de Snow et de ses successeurs cybernétiques. Attention : la stupidité intellectuelle de ces entreprises n’empêche nullement, hélas, des effets concrets dans le monde réel, et notamment dans le traitement des réfractaires. ». Même si ce collectif, par la radicalité de ses positions, peut être perçu comme relativement marginal dans le champ intellectuel, j’ai la conviction qu’il exprime une position qui n’est pas absente d’une partie du monde des chercheurs en ALSHS, notamment de celles et ceux qui ne s’expriment pas sur ce sujet à travers leurs publications et qui ne travaillent pas sur ce domaine d’étude. Autrement dit, je crois que l’on ne peut pas exclure la présence de formes de technophobies implicites dans cette communauté de chercheurs et d’un clivage toujours présent entre technophilie et technophobie.

Une autre critique s’exprime en 2016, celle-ci d’origine et de forme explicitement scientifique, par des chercheurs identifiés, compétents et spécialisés sur ces questions. C’est la critique scientifique la plus frontalement opposée aux humanités numériques. Le numéro 19 de la revue "Variations" (http://journals.openedition.org/variations/670), sous la direction de Fabien Granjon et Christophe Magis, l’un et l’autre en SIC, paraît en avril 2016. Il était en préparation depuis au moins juillet 2015 puisque j’avais assisté à un séminaire préparatoire puis été contacté pour contribuer au numéro et que je n’ai pas pu, faute de temps, réaliser l’article que j’espérais produire avant décembre 2015. Le rédacteur en chef de la revue, Alexander Neuman, a interviewé Marc Bernardot (sociologie) et moi-même (science politique) au sujet des évolutions du réseau scientifique Terra-HN et notamment de l’évolution de son titre incluant à partir de 2016 ce HN signifiant « humanités numériques ». Dans les réponses aux questions j’y évoque longuement la conception que nous souhaitons donner à cet adjonction dans le sigle du réseau : une conception large, ouverte, pluraliste des « humanités numériques », c’est-à-dire une définition très proche de ce que d’autres aujourd’hui tendent à appeler « études digitales ». Même si ce n’est pas la raison de ma non contribution au numéro (dû simplement à un manque de temps de recherche en premier semestre universitaire), il y a une divergence de vue entre l’orientation critique qui s’exprime dans le dossier et celle qui s’exprime dans notre interview. Pour schématiser les auteurs dans le dossier (hormis Sébastien Broca plus nuancé et moins positionné sur l’enjeu pour/contre les humanités numériques) expriment un rejet global du label émergent en lui reprochant des connotations intellectuelles et politiques liées notamment à l’industrialisation des savoirs et au tournant néolibéral des politiques publiques universitaires et scientifiques. Alors que dans l’interview nous exprimons, pour le réseau Terra-HN une critique non pas de rejet des HN mais de réorientation espérée de leur définition et donc de leur programme scientifique c’est-à-dire, plus précisément l’orientation critique déjà formulée pour la création d’une collection d’ouvrages du réseau la Collection HNP – Humanités Numériques Plurielles.

Cette divergence entre deux points de vue critiques est bien résumée par un échange sur une liste de discussion publique [Diffparis1] entre Jean-Gardin et moi-même en décembre 2016 au sujet de ce numéro de la revue Variation. Jean Gardin, géographe, a pour sa part dirigé le numéro 10 intitulé « Liberté, Egalité, Computer », justice spatiale | spatial justice, n°10, Juillet 2016, http://www.jssj.org/issue/juillet-2016-dossier-thematique/ :

• Le 02/12/2016 à 12:46, au cour de cet échange, Jean Gardin m’écrit notamment (c’est un extrait) : « Jérôme, dans ta réponse, perdure à mon sens l’ambigüité profonde des "humanités numériques" que tu participe à faire exister en les étudiant. Les réflexions "critiques du numérique" que tu étudie (voir le diaporama en lien de ton premier message) sont prestement avalées par le rouleau compresseur de la tendance globale à l’informatisation. L’injonction à tout numériser ne tient pas compte du refus de ceux qui sentent au quotidien que toute avancée supplémentaire dans l’informatisation est non seulement une dégradation de leurs conditions de travail mais aussi et surtout une fatalité sur laquelle ils n’ont pas prise. »

• Le 05/12/2016 à 21:56, je lui réponds notamment : « il n’y a pas une seule critique des humanités numériques : celle que tu pointes dans le "dossier" du numéro de la revue "Variations" porte sur la couleur néo-libérale tendancielle des innovations numériques. Elle est utile à connaître, même si elle me semble confondre un peu vite la couleur du bain et celle du bébé qui en sort. Le droit aussi est aujourd’hui massivement néolibéral (et aussi sécuritaire, nationaliste...) : faudrait-il renoncer au droit pour ce motif ? Les mass-médias le sont aussi : idem ? Les résultats électoraux également : faut-il renoncer aux élections ? Que le numérique soit imbibé par la ou les couleur des idéologies hégémoniques du moment n’est guère surprenant ; de là à en déduire que cette couleur correspond à un caractère substantiel et indélébile de la technologie concernée, il y a un pas que je ne franchirai pas. Le texte de présentation de la collection "humanités numériques plurielles" contient une autre sorte de critique, pour chacun des six axes de pluralisme souhaité : celle du pluralisme manquant dans la première définition des humanités numériques et à partir de là des propositions programmatiques pour faire évoluer cette définition de façon à la rendre plus compatible avec ce que nous ont appris les SHS pré-numériques. Cette critique permet, pour le dire trivialement, d’envisager de changer l’eau du bain, sans jeter le bébé avec... et d’introduire des critiques philosophiques, sociales, politiques, économiques "dans" les humanités numériques plutôt que "contre" elles.  »

Des critiques modérées tendant à la réorientation intellectuelle ou à l’abandon du label

Un des premiers manuels universitaires français portant sur le vaste domaine des études en sciences sociales relatives aux phénomènes numériques, celui de Dominique Boulier 1, publié en avril 2016, exprime dans son chapitre 6 ("Les humanités numériques et au-delà") une critique du label, dès la première phase du chapitre ( "Des avant les années 1990, les sciences sociales, et tout le champ que l’on appelle désormais de façon sans doute trop rapide les "humanités numériques"" (...)." (p.287) et trois paragraphes après - "nous nous pencherons avant tout sur les sciences sociales en dépit de la tendance contemporaine à labelliser toute cette mutation sous le terme des "humanités numériques" "- la critique dans ce chapitre portant à la fois sur la notion des "humanités" et sur la dimension techniciste dont elles est porteuse. Le chapitre contient non seulement une invitation à dépasser ce label mais surtout oppose les sciences sociales du numérique aux humanités numériques, sous les deux angles d’une insuffisance des approches technicistes d’objets d’étude et d’une faiblesse analytique des humanités comparées aux sciences sociales.

"Chapitre 6 - Les humanités numériques et au-delà" de Dominique Boullier (introduction du chapitre)

"Dès avant les années 1990, les sciences sociales, et tout le champ que l’on appelle désormais de façon sans doute trop rapide les "humanités numériques", se sont trouvées affectées par l’invasion du numérique dans toutes leurs activités, ne serait-ce que par l’utilisation généralisée de la micro-informatique. Cependant, la mise en réseau du numérique avec le Web a constitué sans aucun doute un tournant, long à prendre mais désormais irréversible. Le numérique n’est pas seulement un outil de productivité grâce aux tableurs ou aux traitements de texte, il est devenu une architecture de connaissance collective qui organise les échanges, les publications (éléments clefs de l’activité scientifique depuis toujours), un support de collecte et de production de données non textuelles, images et réseaux notamment, un dispositif d’équipement partagés de calcul, d’archivage voire de modélisation. Tous ces aspects ont cependant commencé à modifier en profondeur les pratiques des sciences sociales elles-mêmes, leurs frontières et leur critères d’excellence. Mieux même, la puissance de calcul et de suivi des traces numériques pose clairement la question du rôle des sciences sociales dans la production générale de réflexivité qui était leur mission jusqu’ici.

Les sciences sociales peuvent-elles se contenter d’être numérisées (dans leurs méthodes de travail), peuvent-elles se contenter de traiter de sources numériques avec leurs catégories classiques ou doivent-elles réviser les paradigmes qui les ont fondées pour tenir compte de la nouvelle réalité produite par les plateformes numériques ? S’il est vrai que nous avons les sciences de nos outils comme le dit Bruno Latour (2006), il devient nécessaire de s’interroger sur les sciences sociales que nous voulons et qui sont suscitées par les entités qui deviennent exploitables sur le Web et dans les bases de données.

Nous nous pencherons avant tout sur les sciences sociales en dépit de la tendance contemporaine à labelliser toute cette mutation sous le terme de "humanités numériques". Les études de littérature ont par exemple constitué des méthodes qui sont extrêmement stimulantes pour les sciences sociales.

Franco Moretti (2013) en particulier avec son principe de "distant reading" a faire prendre un tournant radical à ces études littéraires. Le choix délibéré de ne travailler sur sur des entités élémentaires comme des titres, ou sur des catégories comme des genres ou sur des noms de personnages, indépendamment de la "substance" d’un roman ou d’une pièce, permet de faire émerger sur la longue durée et sur des volumes importants (des dizaines de milliers de titres parfois totalement oubliés) une intelligence nouvelle des phénomènes culturels. La parenté avec les sciences sociales est certaine en matière de constitution de corpus, de réduction à des indices (clues) et de mobilisation d’algorithmes spécifiques. Cependant, nous ne pouvons pas étendre ici l’investigation dans toutes ces disciplines, et nous nous limiterons aux sciences sociales."

Boullier Dominique, Sociologie du numérique , Armand Collin, 2016, p.287-288

On voit aussi se former une critique modérée dans le champ des sciences de l’information et de la communication, sous diverses formes dont la publication d’un numéro 8 de la Rfsic, paru en décembre 2016, intitulé "Humanités Numériques et Sciences de l’Information et de la communication" sous la direction de Julia Bonaccorsi, Valérie Carayol et Jean-Claude Domenget : http://journals.openedition.org/rfsic/1778 La critique est modérée en ce sens qu’elle intègre divers points de vue dans le dossier tout en l’introduisant sur un mode qui tend non seulement à « Formuler un regard critique sur l’instrumentation numérique de la connaissance », donc sur les premières définitions technico-méthodologiques des humanités numériques et poser le problème de l’intégrité de la discipline SIC : « Redéfinir le territoire disciplinaire des SIC : un débat (ré)ouvert par les humanités numériques ? ». L’orientation de ce numéro semble tendre à défendre les SIC, leur compétence ancienne sur le domaine, voire l’intégrité de discipline (ou inter-discipline) face à ce qui pourrait apparaître comme une forme de concurrence en cas d’émergence des humanités numériques comme « discipline » potentiellement émergente.

Le numéro 9 de la Rfisc mis en ligne janvier 2017 réaborde le problème que posent les humanités numériques aux SIC sous la forme d’un « Manifeste pour un positionnement des Sciences de l’Information Communication (SIC) vis-à-vis des Digital Studies (DS) et autres mutations du numérique » sous la direction de Françoise Paquienséguy qui introduit ainsi le dossier : « Lors de la journée d’études du 30 mars 2016 organisée par la Commission recherche et animation scientifique de la SFSIC, les spécialistes présents (plus d’une quarantaine) ont partagé le constat que la transformation numérique de nos sociétés suscite un nombre grandissant de projets théoriques, épistémologiques, voire disciplinaires, tels que ceux portés par les Humanités Numériques et, plus récemment, les Digital Studies. Selon eux, cette effervescence de la réflexion sur le « numérique » ne va pas sans poser certains problèmes et rend pertinente une prise de position collective des enseignants-chercheurs en information-communication, laquelle s’exprime dans le présent manifeste coordonné par Françoise Paquienséguy au titre de sa vice-présidence recherche à la SFSIC. ». Ce dossier illustre encore le tournant critique des années 2015 et surtout 2016, révèle une assez grande diversité de regards critiques sur le concept des humanités numériques et semble avoir pour signification centrale l’expression d’une volonté collective, au sein des SIC, de s’emparer de ce domaine de réflexions, de sujets, de recherches, de technologies, de diplômes, de postes et de financements afin, peut-être, de ne pas s’en laisser déposséder par des approches qui seraient trop exclusivement technicistes, technophiles voire technocratiques comme elles l’étaient dans les premières définitions des humanités numériques. Derrière des enjeux de défense de territoire disciplinaire, il y a des enjeux intellectuels de conception du monde sociétal : « Loin de ces discours, nous travaillons à analyser et à décrire comment les technologies de l’information et de la communication numériques ne préexistent pas au social dans une imbrication fine qui caractérise notre discipline. » ajoute plus loin, Françoise Paquienséguy et c’est peut-être dans les mots que je souligne que se situe l’essentiel de l’enjeu intellectuel.

La controverse connexe sur l’accès ouvert aux publications scientifiques

C’est également durant cette période 2015/2016 que se construit une autre controverse, dans le champ politique français, relative au "libre accès" : le projet de « loi pour une République numérique » discuté au parlement suscite une controverse relative aux publications scientifiques en sciences humaines et sociales financées sur fonds publics au sujet de l’article 17 permettant aux auteurs concernés, agents publics principalement, de s’affranchir d’un contrat éditorial privé, après un délai légal, pour mettre en accès ouvert leurs travaux.

D’un côté deux tribunes dans Le Monde (12.01.16) et Libération (17.03.16), défendent l’édition payante privée, par « accès fermé » aux publications scientifiques commercialisées et dénoncent les risques de « l’étatisation des revues de savoir françaises » et « d’uniformiser le paysage des revues en sciences humaines et sociales ». De l’autre côté, deux tribunes dans Le Monde (08.03.16) et L’Humanité (01.04.16) (la seconde renvoyant à la première entretemps mise en en pétition par un salarié du CNRS), défendent l’édition gratuite étatique par « accès ouvert » aux publications acceptées sur la plateforme HAL après « modération », sous contrôle des autorités publiques (dirigeants et techniciens du CNRS, des universités et autres établissements publics… eux-mêmes sous autorité du gouvernement), dans un système de bases de données nationalement interconnectées avec possibilité de « fouille de texte » (article 18 du projet de loi). Une autre tribune, intermédiaire, Libération (28.03.16) défend l’article 17 en renvoyant notamment à "la possibilité (mais pas l’obligation)" d’utiliser HAL et en évoquant "HAL et les autres archives ouvertes" comme supports d’accès libre aux publications.

J’ai fait une étude approfondie de cette controverse dans l’article suivant :

  • Jérôme Valluy, « Libre accès aux savoirs et accès ouvert aux publications », Revue française des sciences de l’information et de la communication, 11 | 2017, mis en ligne le 01 juillet 2017 : http://journals.openedition.org/rfsic/3194

N’y aurait-il que coïncidence chronologique entre les deux controverses ? On peut envisager une autre hypothèse, celle d’une corrélation partielle : la controverse politique sur l’accès ouvert aux publications active celles sur les humanités numériques et révèle des tensions plus profondes dans le champ académique qui se cristallisent notamment en sciences de l’information et de la communication parce que cette discipline se trouve traversée par des clivages communs aux deux controverses : 1) les clivage qui opposent dans les débats sur les humanités numériques, les acteurs qui défendent le label "humanités numériques", les acteurs qui préfèreraient voire prospérer celui des "études digitales" (ou "humanités numériques plurielles", les acteurs qui rejettent frontalement et globalement les "humanités numériques". 2) les clivages entre les acteurs défendant "accès ouvert étatique-centralisé" aux publications scientifiques ; les acteurs qui se prononcent pour un "accès ouvert pluraliste" ; ceux qui se prononcent pour un "accès fermé et payant" et payant aux publications scientifiques.

Or ces lignes de clivages se superposent pour une grande part, notamment parce que les acteurs du premier groupe dans l’une et l’autre controverse - "humanités numérique" & "accès ouvert aux publications" - sont fréquemment les mêmes. La superposition est moins frappante pour les deuxièmes groupes - "études digitales" et "accès ouvert pluraliste" - mais me semble exister cependant pour bon nombre d’acteurs sociaux (comme moi). La superposition me semble beaucoup moins évidente pour les troisièmes groupes : le rejet global des humanités numériques et l’accès fermé/payant aux publications pouvant relever de motivations et d’intérêts très différents.

Jérôme VALLUY‚ « Segment - Le temps de la critique (2015/2017...)  »‚ in Transformations des États démocratiques industrialisés - TEDI  - Version au 21 juin 2022‚  identifiant de la publication au format Web : 436