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SECTEUR COURANT DU MANUEL > TEDI - Transformations des États démocratiques industrialisés > Jérôme VALLUY    

Segment - Deuxième définition (2010/2017...) : technique, éditoriale, a-disciplinaire en humanités classiques



La césure de fin 2009 / début 2010 marque le début d’une définition sociale qui s’élargit un peu, voire s’infléchit mais assez légèrement (par rapport aux périodes ultérieures) en n’étant plus spécifiquement informatique et technico-méthodologique des humanités numériques mais qui commence à englober dans la définition une préoccupation relative aux objets d’études en particulière sur le champ des humanités classiques / modernes. C’est aussi le début d’une croissance du corpus bibliographique en ALSHS sur ce domaine. L’année 2010 est celle d’une première université d’été débouchant sur ce un manifeste renommé, porteur d’une définition technico-informatique qui restera au coeur des débats scientifiques durant de nombreuses années. 2010 est aussi l’année de création du SYNTEC-Numérique (Syndicat professionnel des Entreprises de Services du Numérique, du Conseil en Technologie et des Éditeurs de Logiciels) marquant la reconnaissance dans les entreprises des nouveaux métiers du numérique. Plusieurs conférences font l’objet de publications marquant la genèse des HNF en 2010, 2012, 2012 et 2013 débouchent sur des publications d’actes notamment sur la plateforme OpenEdition. Ces quatre années (2010, 2011, 2012 ,2013) sont celles de la croissance et d’un succès militant, professionnel et institutionnel et d’assez vastes « convergences » intellectuelles et socio-professionnelles autour des humanités numériques :

J’introduis ici une nouvelle césure, fin 2013/début2014, qui correspond à un saut quantitatif dans le volume d’articles annuellement produits, durant l’année 2014 sur le domaine des humanités numériques francophones. Ce saut quantitatif n’est pas aisé à interpréter. Le premier élément d’explication, par corrélation, que je vois est le suivant : la fin de l’année 2013 a été marquée par la (re)prise en main de l’article "humanités numériques" sur la Wikipedia.fr dont les trois quarts des contenus actuels sont écrits par un petit groupe de personnes en l’espace de deux semaines au mois de novembre, peu après la deuxième conférence THATcamp (The Humanities and Technology Camp), à Saint-Malo, ce qui a pu contribuer à la croissance ultérieure du volume annuel d’articles. Le second élément d’explication est le suivant : 2013 est aussi l’année de lancement d’une pétition, issue d’une tribune dans le journal Le Monde (13.03.2013), en faveur de l’accès ouvert aux publications scientifiques qui lance la mobilisation "I love open access" en France, avec les mêmes acteurs moteurs que ceux qui agissent simultanément sur le champ émergent des humanités numériques. Les années 2014 et 2015 consolident la tendance à la croissance du nombre de publications mais sont aussi celles d’une première dés-appropriation des initiateurs du mouvement des HNF : la définition techniciste se dissout dans un corpus aux centres d’intérêts déjà plus diversifiés sur l’étude par les SHS du tournant numérique de la société. A cette époque encore, les critiques des HN sont rares mais s’expriment peut-être de façon plus implicite par des travaux portant moins sur les outils numériques que sur leurs usages sociaux.

Le syntagme des "études digitales", propulsé dans le champ francophone notamment par l’ouvrage collectif dirigé par Bernard Stiegler en mars 2014, apparaît comme l’expression d’une première divergence qui s’affirmera deux ans plus tard au sein des sciences de l’information et de la communication. Ce livre ouvre un espace de débat entre humanités numériques et digital studies entre ceux qui pensent qu’il faut traiter surtout les effets du numérique sur l’homme et la société, et ceux qui préfèrent s’occuper des méthodes et des dispositifs que le numérique met à la disposition des humanités et/ou des sciences humaines et sociales. L’ouvrage tente, dans plusieurs contributions, de concilier voire d’organiser les deux approches, ce qui est typiquement l’objet de la contribution de Bruno Bachimont qui présente les deux points de vue comme relevant de niveaux différents mais complémentaires. L’ouvrage ouvre aussi un autre espace de débat entre ceux qui se focalisent sur le champ des humanités-SHS et ceux, comme Bernard Stiegler, qui appelle à considérer plus largement l’ensemble du champ scientifique en incluant les transformations dans la connaissance du monde pour ce qui relève des sciences de la technique et de la matière.

  • Alberto Romele, « Compte rendu de Bernard Stiegler (Dir.), Digital Studies : organologie des savoirs et technologies de la connaissance, Limoges, Fyp éditions, 2014, 189 p. », Methodos, 15 | 2015, mis en ligne le 21 janvier 2015 : http://journals.openedition.org/methodos/4183

Si j’essaie de formuler la deuxième définition des HNF telle que je la lis dans le corpus des sept années [2010-2011-2012-2013-2014-2015-2016] j’arrive à cette formulation dont j’espère qu’elle reflète correctement, fidèlement, la tendance définitionnelle de ce segment du corpus : :

Humanités numériques (Deuxième définition (2010/2016...)

Les humanités numériques sont un courant de convictions et idées, articulant analyses des évolutions de pratiques sociales et prescriptions en faveur d’actions publiques favorisant l’hybridation de l’informatique et des humanités dans de nouvelles méthodes, informatisées, de recherche, documentation et éditorialisation en accès ouvert, affranchies des disciplines universitaires de recherches & enseignements, par institutionnalisation des humanités numériques elles-mêmes comme domaine transdisciplinaire de compétences spécifiques ainsi mieux reconnues, relativement techniques voire définissant un nouveau domaine d’ingénierie.

Cette définition, synthétisée à partir du corpus scientifique précité, est compatible avec les thématiques caractéristiques mises en évidence par la recherche d’Eglantine Schmitt et elle coïncide relativement bien également avec celle adoptée par les rédacteurs, peu nombreux, de l’article "humanités numériques" de la Wikipedia francophone :

« Les humanités numériques sont un domaine de recherche, d’enseignement et d’ingénierie au croisement de l’informatique et des arts, lettres, sciences humaines et sciences sociales. Elles se caractérisent par des méthodes et des pratiques liées à l’utilisation des outils numériques, en ligne et hors ligne, ainsi que par la volonté de prendre en compte les nouveaux contenus numériques, au même titre que des objets d’étude plus traditionnels. Les humanités numériques s’enracinent souvent d’une façon explicite dans un mouvement en faveur de la diffusion, du partage et de la valorisation du savoir. »

L’historique de l’article « humanités numériques » de la Wikipedia francophone est intéressant à étudier, eu égard à l’audience de la Wikipédia d’une manière générale, mais aussi plus spécifiquement pour apercevoir des éléments de sociologie intellectuelle dans la construction de cette première définition des humanités numériques francophones, repérer les oscillations dans la délimitation du domaine, les hésitations et les conflits quant aux contenus et aux acteurs rattachés par l’article à cet intitulé.

J’ai procédé à une étude systématique, le 14 mars 2016, de la totalité des modifications apportées à l’article "Humanités numériques" de la Wikipedia francophone depuis sa création en avril 2012 (dont durant quatre années : principalement avril2012-2013-2014-2015-avril2016) J’ai lu attentivement la totalité des modifications apportées à l’article en cherchant le plus possible à identifier l’auteur de chaque modification, soit parce que l’identité de l’auteur est explicite sur son compte utilisateur, soit à travers l’historique des contributions du compte anonyme à la WP.

De toute évidence, la définition du label est un enjeu qui donne lieu à des stratégies d’affichage voire de publicité et de luttes entre points de vue distincts. Et l’article est sévèrement gardé. Sur les quatre années d’évolution, on peut estimer à une dizaine, le nombre de personnes ayant contribué à la plus grosse proportion d’écritures sur cette page, pour l’essentiel de sa rédaction actuelle au mois de mars 2016. Deux ou trois comptes d’utilisateurs surveillent, "gardiennent" pourrait-on dire, la définition des humanités numériques peut-être pour des raisons d’intérêts liés à leurs propres activités professionnelles et de compatibilité de cette définition avec les stratégies de leurs institutions de rattachement, notamment dans l’édition électronique universitaire. Ce groupe de personnes est arrivé à imposer dans l’espace public francophone une définition très technique voire techniciste des "humanités numériques" réduites principalement à l’usage d’instruments numériques dans les arts, lettres et sciences humaines, écartant les travaux de recherche scientifique dans les matières portant sur les modes de production de ces instruments, leurs inscriptions sociales et leurs usages sociaux. Cette définition technique tend à focaliser le champ professionnel des humanités numériques sur certains métiers notamment de l’édition électronique, des bibliothèques/documentation, de l’information scientifique et technique (IST). Enfin, les auteurs de l’article de la Wikipedia francophone oscillent collectivement entre la sous-estimation des différenciations disciplinaires du domaine conçu comme a-disciplinaire ou trans-disciplinaire et, de façon paradoxale ou complémentaire, l’attente d’une reconnaissance des humanités numériques comme domaine disciplinaire en soi. Enfin, le domaine se trouve tendanciellement limité aux humanités classiques par marginalisation relative des apports de connaissances produites par les sciences sociales (sciences économiques, sociologies et sciences de la communication, psychologies, sciences juridiques et politiques, philosophie et épistémologie, sciences de l’éducation...).

La présentation faite ci-dessous, dans le bloc dépliable, procède d’une lecture systématique, le 14 mars 2016, de la totalité des modifications apportées à l’article "Humanités numériques" de la Wikipedia francophone depuis sa création en avril 2012.

Socio-histoire de l’article "Humanités numériques", fr.Wikipédia (2012-2016)

Cet article de la Wikipedia francophone a été créé le 30 avril 2012 par compte anonyme "Ediacara" (utilisateur bloqué durant l’été 2012), par un simple phrase d’ouverture de la page : " Les ’’’humanités numériques’’’ sont un domaine à l’intersection de l’informatique et des lettres ." 1 Il rattache ce jour là cet article à deux "catégories" de l’encyclopédie : "Sciences humaines et sociales" et "Informatique". Cette première définition perdurera durant un mois avec ce rattachement exclusif de l’informatique aux lettres, comme dans une perception implicite des "humanités" au sens des humanités classiques. Un mois plus tard, un deuxième contributeur anonyme, "Ben73" étend le domaine de référence dans la définition aux sciences humaines et sociales 2, signale la multiplicité des définitions existantes et met en avant la définition proposée dans le "Manifeste des Digital humanities" élaboré lors de la "non-conférence" THATCamp des 18 et 19 mai 2010 et mis en ligne par Marin Dacos : " Les humanités numériques(1) sont un domaine à l’intersection de l’informatique et des lettres et des sciences humaines. Définition : Plusieurs définitions coexistent à leurs sujets. En France, une proposition de définition a été élaborée lors du THATCamp des 18 et 19 mai 2010 sous la forme d’un Manifeste des Digital humanities : 1. Le tournant numérique pris par la société modifie et interroge les conditions de production et de diffusion des savoirs. 2. Pour nous, les digital humanities concernent l’ensemble des Sciences humaines et sociales, des Arts et des Lettres. Les digital humanities ne font pas table rase du passé. Elles s’appuient, au contraire, sur l’ensemble des paradigmes, savoir-faire et connaissances propres à ces disciplines, tout en mobilisant les outils et les perspectives singulières du champ du numérique. 3. Les digital humanities désignent une transdiscipline, porteuse des méthodes, des dispositifs et des perspectives heuristiques liés au numérique dans le domaine des Sciences humaines et sociales. »(2) - Notes infrapaginales : 1) L’anglicisme « humanités digitales » est parfois utilisé. 2) Manifeste des Digital humanities, http://tcp.hypotheses.org/318 archive " 3 Il élargit ensuite, le même jour, le sens de la définition francophone en faisant référence aux travaux de Milad Doueihi : " Le terme est parfois assimilé à celui d’« humanisme numérique » développé par Milad Doueihi dans ses ouvrages tels que Pour un humanisme numérique (2011) ou encore La grande conversion numérique (2008). " 4. Puis une liste d’ "acteurs", supposés typiques des humanités numériques commence à être constituée en commençant par le " Centre pour l’édition électronique ouverte, CNRS-EHESS-Aix-Marseille Université-Université d’Avignon, Marseille, France ." dont Marin Dacos est directeur. La première intervention ultérieure sur l’article aura lieu un mois plus tard, le 1er juillet 2012, à partir d’un ordinateur identifié par son adresse IP, elle consistera à introduire un lien pointant vers le site web de ce centre CLEO. Le lendemain, le créateur de la page, "Ediacara", supprime toute référence au CLEO. La page reste en l’état, avec quelques modifications mineures jusqu’au 22 septembre 2012 ou le compte non anonyme "Marind" de Marin Dacos complète l’article et réintroduit la référence et le lien pointant vers le site du CLEO 5. Il créé une sous-rubrique "Humanités digitales ?" ainsi remplie : " Claire Clivaz, Professeur à l’UNIL, défend le terme "Humanités digitales", en assumant un l’anglicisme et le mettant à profit, "car nous entrons en contact avec les humanités digitales avec les doigts" (3) 6. Cette définition peut aussi être interprétée comme une mise en avant des pratiques, et non seulement des théories. On peut rapprocher cette définition du slogan des THATCamp "More hack, less yack" (4) 7, qui signifie "moins de blabla, plus de hack/code", incitant les participants à mettre les mains dans le code informatique au lieu de s’en tenir à des approches théoriques. " Cette expression "moins de blabla, plus de code" restera sur la page pendant un an, jusqu’au 23 octobre 2013, date à laquelle un compte d’utilisateur anonyme mais dont le pseudo ressemble au nom d’un chercheur en philologie, spécialisé sur le domaine des humanités numériques, supprime l’expression 8. Durant ce laps de temps, l’expression "moins de blabla, plus de code", qui peut s’interpréter comme une dévalorisation du travail de recherche en science humaine au profit du travail des techniciens ou des recherches technologiques, est progressivement accompagnée d’une explication du sens ( " incitant les participants à mettre les mains dans le code informatique au lieu de s’en tenir à des approches théoriques ") puis d’une référence académique : " Claire Warwick, professeur d’humanités numériques à l’University College London défend aussi cette approche par la pratique : "If you think you are doing it, then you probably are" (si vous pensez que vous en faites, vous en faites probablement) (7) 9 ." Durant cette période, l’article reste relativement stable. Il faut attendre le 20 juin 2013 10 pour qu’une mention de la diversité possible des définitions de "humanités numériques" apparaisse sous une forme néanmoins restreinte à une rencontre annuelle de spécialistes : " Chaque année, de nouvelles définitions complémentaires sont proposées, notamment lors d’une journée appelée a "Day in DH" (6)  11". A partir du 19 octobre 2013 12, une réorganisation de l’article est engagée par un compte anonyme "Calvinius", avec des interventions qui s’intensifient pendant deux semaines de divers compte qui pourraient être ceux de chercheurs et acteurs spécialisés sur le domaine : "Thedeuff" (pourrait correspondre à Olivier Le Deuff), "Marind" (affiche le nom de Marin Dacos), "Cclivaz" (pourrait correspondre à Claire Clivaz), "Albberra" (pourrait correspondre à Aurélien Berra). Au sortir de cette quinzaine de réécriture collective, le 2 novembre 2013 13, l’article se trouve proche de son état actuel, au moment de réalisation de cette étude de l’historique (14.03.2016). Une rubrique "Champs et disciplines concernés" en mentionne sept : histoire, littérature, (sociologie), arts, théologie et science des religions, sciences de l’antiquité, géographie ; la partie "sociologie" est vide... ce qui donne aux autres, considérées ensemble, le sens d’un périmètre scientifique et intellectuel assez limité, principalement aux "humanités classiques". La rubrique "Secteurs concernés" en inclue quatre : archivistique, bibliothèques, édition électronique et visualisation... ce qui pointe le secteur professionnel des métiers de la bibliothèque, documentation, archive et leurs nouvelles activités numériques. La rubrique met en avant le père Roberto Busa, jésuite italien, comme fondateur des "humanités numériques" selon une ligne de présentation historiographique que l’on retrouvera ultérieurement dans de nombreux articles scientifiques : " Le jésuite italien Roberto Busa est souvent cité comme un père fondateur pour son travail au long cours sur les œuvres complètes de Thomas d’Aquin, fondé sur l’élaboration de concordances. ". Le 17 décembre 2013 un compte utilisateur intitulé "Stephane.pouyllau" (qui pourrait correspondre à Stéphane Pouyllau, ingénieur de recherche au CNRS), précise que les humanités numériques correspondent à un domaine non seulement de recherche et d’enseignement mais aussi d’ingénierie 14. Le 2 janvier 2014 un sous rubrique "Design" est crée parmi les "Champs et disciplines concernés" 15. Le 10 janvier 2014 16 un utilisateur sans compte insère un paragraphe dans la sous rubrique "Sociologie" restée vide depuis trois mois : " Au début des années 2000, la sociologie est, globalement, prise de court par le surgissement des réseaux numériques, et du Web en particulier, obligeant à prendre en compte une nouvelle catégorie générique d’acteurs, les internautes. La sociologie étant au coeur des sciences sociales, la notion d’humanités ne s’impose pas facilement, du moins dans un premier temps, puisque pour établir la scientificité de leur discipline la plupart des sociologues ont cherché à rompre avec la tradition des sciences humaines au profit d’une conception autonome du social. Depuis, la sociologie s’est intéressé à de multiples aspects des mondes numériques, tant du point de vue des usages des TIC, que des outils d’analyse des réseaux et des formes d’expression en ligne ." Le 10 février 2014 17 un compte intitulé Christian boudignon, apparemment non anonyme (qui pourrait correspondre à Christian Boudignon, Maître de conférences de langue et littérature grecques à l’université d’Aix-Marseille) introduit un paragraphe dans la sous rubrique "Sciences de l’antiquité" jusque là restée vide : " Les humanités numériques ont révolutionné le champ des études de l’Antiquité avec notamment la numérisation de la littérature antique grecque dans le Thesaurus Linguae Graecae (TLG) ou bien de la littérature antique latine dans le Thesaurus Linguae Latinae (TLL). Désormais toute une immense bibliothèque est à la disposition du chercheur qui connaît le grec ou le latin. Par ailleurs, la base de donnée Pinakes de l’IRHT permet d’avoir une information sur le contenu de tous les manuscrits grecs de par le monde. ". Les modifications substantielles sont rares durant l’année 2014, mais celle du 16 septembre 2014 18 par un compte intitulé "Benoit.wyts" (qui pourrait correspondre à Benoit Wytz, enseignant en lettres, notamment français et latin) est importante qui semble exprimer le regret d’une non reconnaissance par les institutions universitaires de ce champ de spécialité : Bien que certains établissements français proposent des enseignements universitaire dans les Humanités numériques (EHESS, Ecole de Mines de Nancy...), celles-ci ne sont pas encore reconnues en France par le Conseil National des Universités14, mais sont "en bonne voie d’institutionnalisation dans le monde académique, où [elles tendent] à redéfinir les contours disciplinaires établis dans les facultés des universités" [Darbellay, 2012/2013] . Le 13 novembre 2014 19, une phrase antérieurement placée dans la rubrique "Controverses" est modifiée et érigée, par un compte anonyme, en paragraphe d’une rubrique nouvelle intitulée "Une discipline ?" qui semble relayer l’attente d’une telle institutionnalisation du champ d’observation : Une question diversement résolue selon les lieux et les moments est la vocation des humanités numériques à se constituer en discipline. Certains acteurs considèrent que le champ, qui possède ses propres institutions et ses instances de légitimation, doit s’autonomiser, tandis que d’autres l’envisagent comme nécessairement transdisciplinaire. . Le 12 avril 2015 le compte intitulé "Vicnent" (qui mentionne d’autres comptes de Vincent Pinte Deregnaucourt) tente d’introduire, après la première phrase de l’article définissant les humanités numériques, l’ajout " inventées par le chercheur français Jean Véronis ", segment de phrase supprimée dès le lendemain par "Calvinius" qui depuis depuis octobre 2012 est sans doute l’un des comptes les plus assidus dans la surveillance de l’article. J’introduis moi-même, à partir de mon compte non anonyme "Gegejv", le 29 août 2015 20 un lien vers la bibliographie en ligne que je réalise alors sur les humanités numériques francophones ; lien supprimé le 10 septembre 2015 21 par un utilisateur sans compte connecté sous adresse IP avec l’annotation : " (Annulation des modifications 118178004. Pas de liste de liens externes divers et variés, ceux-ci doivent être ajoutés en note lorsque nécessaires (attention autopromo).) " Enfin le 27 février 2016 un utilisateur sans compte supprime de la présentation d’un colloque de l’USPC les mentions de différenciations disciplinaires dans le rapport au tournant numérique : (partie supprimée) " Quelles incidences la numérisation des corpus documentaires a-t-elle sur les questions que se pose le chercheur et sur les manières d’y répondre ? Y a-t-il de nouvelles méthodes qui apparaissent dans le travail du chercheur et de l’enseignant ? Sont-elles propres à chaque discipline ou traversent-elles les champs disciplinaires ? Comment les domaines disciplinaires se reconfigurent-ils dans ces usages du numérique ? Autant de questions que nous aborderons au cours des deux journées dans ce colloque pluridisciplinaire pour tenter de cerner les frontières des « humanités numériques ». "... comme pour mieux conserver le sens a-disciplinaire de la définition donnée et surveillée depuis près de quatre ans contre des évolutions éventuelles.

De cette deuxième définition ne sont pas absents les espoirs scientistes d’une mathématisation de l’humain et de la société qui hantent les sciences humaines depuis plus de deux siècles. Ainsi Serge Abiteboul et Florence Hachez-Leroy indiquent dans leur article "humanités numériques" de l’Encyclopédie de l’humanisme méditerranéen : "Les humanités sont donc en train de se réinventer par l’informatique et de se rapprocher des autres sciences, nous semble‐t‐il. Ces convergences sont si fortes que plutôt que de parler des humanités numériques, peut‐être aurait‐il fallu discourir de « sciences numériques » en général." 22. Dans cette acceptation, mathématiques et informatiques apparaissent comme les sciences mères de toutes les autres et à l’origine d’un renouvellement de la pensée. Grâce à elles, les humanités sortiraient d’une préhistoire interprétative en accédant à l’usage des bases de données, de la modélisation et de la simulation mais aussi de l’archivage et de l’éditorialisation numérique.

Cependant cette deuxième définition ne semble pas convaincre les tenants d’une approche plus centrée sur l’étude de la culture ou des cultures du numérique que sur les apports des techniques numériques à la compréhension de la culture : "Faut-il prendre pour objet principal la dimension numérique des humanités ou celle des cultures qui constituent l’objet traditionnel de ces « humanités » ?" 23

Jérôme VALLUY‚ « Segment - Deuxième définition (2010/2017...) : technique, éditoriale, a-disciplinaire en humanités classiques  »‚ in Transformations des États démocratiques industrialisés - TEDI  - Version au 21 juin 2022‚  identifiant de la publication au format Web : 434