Page du plan détaillé


Navigation par niveau


Navigation par tag


Navigation par EDC


navigation par suivi édito



rechercher un contenu


SECTEUR COURANT DU MANUEL > TEDI - Transformations des États démocratiques industrialisés > Jérôme VALLUY    

Segment - Agents et milieux de socialisation initiale

D. Rédaction stable pour relecture collective
II. En cours d’éditorialisation


SOMMAIRE

L’expression milieu de socialisation désigne toujours une communauté sociale structurée au sein de laquelle s’opère l’apprentissage. Ce peut être un milieu restreint — la famille — ou plus large — l’école —, voire un milieu coextensif à la société globale — la communauté nationale irriguée par le discours politique qui s’exprime dans les médias comme la télévision, la radio, la presse écrite...

Au sein de chaque milieu opèrent des agents de socialisation plus ou moins conscients de leur rôle, plus ou moins maîtres du message qu’ils croient émettre. Ainsi, dans le milieu scolaire, le maître est-il un agent de socialisation, mais, également, dans la cour de récréation, certains élèves peuvent exercer un certain leadership sur leurs amis. Les parents au sein de la famille jouent évidemment un rôle important.

1- L’école

Dans le processus de socialisation politique, l’école intervient d’abord par le contenu de l’enseignement dispensé.

  • Sur le plan de l’enseignement civique, M. Kent Jennings et Richard G. Niemi (Political character of adolescence : the influence of families and school, 1974 1) ont montré que celui-ci ne produit d’effet significatif que dans les familles dépourvues des moyens de donner à leurs enfants des bases dans ce domaine. Ainsi, ceux appartenant à des milieux défavorisés profitent plus de cet enseignement pour corriger leur handicap cognitif. L’enquête est opérée à partir d’élèves noirs et blancs : le degré de connaissance des programmes des partis augmente de dix points pour les enfants noirs contre seulement deux points pour les élèves blancs, tous ayant reçu le même enseignement.
  • Annick Percheron, en France, élargissant cette perspective, souligne bien l’écart entre la connaissance abstraite des règles et celle de la réalité plus conflictuelle que recouvre concrètement la politique. Les enfants des milieux privilégiés ont une meilleure connaissance des premières tandis que ceux issus des milieux défavorisés ont une perception plus réaliste, notamment sur le plan des conflits sociaux.

L’école est en outre un lieu d’apprentissage concret de la démocratie sur le plan de la participation à la vie scolaire (élection des délégués, associations, etc...). Gabriel Almond et Sidney Verba (The Civic Culture : political attitudes and democracy in five nations, 1963 2), dans les années 1960, avaient montré que l’investissement dans cette vie collective laissait prévoir une participation politique plus importante par la suite. Il reste que les élèves, en pratique, d’après des enquêtes réalisées en France dans les collèges, doutent — de 36 % à 54 % — de l’utilité réelle des délégués de classe.

2- La famille

  • Une première observation est comparative : l’influence des enseignants en matière de choix politiques et idéologiques n’existe que si elle est en conformité relative avec celle des parents. L’enquête précitée de Jennings et Niemi (1974 3) a montré la prépondérance de l’influence des parents par rapport à celle des enseignants. En cas de désaccord entre les deux, c’est celle des parents qui l’emporte largement auprès des élèves.
  • Autre observation sur la socialisation familiale : une enquête d’Annick Percheron (La socialisation politique, 1993 4) en France montre que la transmission des préférences idéologiques entre parents et enfants est de l’ordre de 50 % (contre 44 % aux États-Unis). Il est à noter, dans ces deux pays, que cette transmission est également forte en matière de pratiques religieuses loin devant les normes et pratiques de la vie quotidienne (ex. : les goûts artistiques).
  • La transmission des valeurs politiques à travers la famille est ainsi avérée dans l’ensemble des démocraties occidentales, à condition de l’analyser en des termes propres au système politique de chaque pays. C’est ainsi qu’Annick Percheron, comparant les recherches effectuées dans plusieurs pays sur ce thème, montre que cette transmission se structure en fonction d’orientation envers la « gauche » et la « droite » en France et en Italie alors qu’elle se structure davantage par identification à des partis aux États-Unis (vie politique dominée par deux grands partis).

Famille selon Durkheim par Claude Martin

Émile Durkheim propose dès 1888, dans le cours de science sociale qu’il professe à la faculté des Lettres de Bordeaux, une introduction à la sociologie de la famille. En 1892, il affine sa lecture et consacre un nouvel enseignement à « la famille conjugale », qui ne comprend que mari, femme, enfants mineurs et célibataires. Durkheim pose dès le départ les jalons des travaux sociologiques à venir en distinguant deux niveaux d’analyse : celui des personnes et des biens, d’une part, celui des institutions et, en particulier, le rôle de l’État, de l’autre. Car, comme il le dit lui-même, « la famille n’existe qu’autant qu’elle est une institution à la fois juridique et morale ».

C’est dire à quel point la famille est un des premiers objets ou champs de recherche pour la discipline. La division du travail en sciences sociales va peu à peu complexifier l’abord de cette notion fondatrice : à l’anthropologie sera progressivement dévolue l’analyse des systèmes de parenté et d’alliance, la sociologie se réservant l’étude de la famille conjugale et du ménage. Il faudra attendre les critiques adressées au modèle de la « famille nucléaire » par les études féministes des années 1960 et 1970 pour que se renouvellent les approches de la question familiale.

Les transformations qu’a connues la vie familiale au cours des cinquante dernières années ont contribué à stimuler ce champ de recherche fondateur de la discipline. Tout l’intérêt de la lecture sociologique de ces changements familiaux réside précisément dans le fait de prendre la vie domestique comme un miroir de la société et de ses propres tensions et mutations. En effet se répercute dans la vie familiale une grande partie des transformations qui ont cours au plan du travail, de l’emploi, de la consommation, des relations entre les générations, entre sexes, avec l’État, des besoins de soins et de protection. La famille est un chantier perpétuel pour la discipline.

Claude Martin, « Famille », Sociologie, Les 100 mots de la sociologie, mis en ligne le 01 novembre 2012 - Texte intégral

Jérôme VALLUY‚ « Segment - Agents et milieux de socialisation initiale  »‚ in Transformations des États démocratiques industrialisés - TEDI  - Version au 19 août 2019‚  identifiant de la publication au format Web : 27