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Suivi rédaction

Plan : Suivi rédactionnel pour travail collectif

SECTEUR COURANT DU MANUEL > TEDI - Transformations des États démocratiques industrialisés > Jérôme VALLUY    

Segment - Recherches didactiques en sociohistoire d’un État démocratique (France, XIXe - XXe siècle)

D. Rédaction stable pour relecture collective
III. Éditorialisation stable pour travail collectif


SOMMAIRE

1- La sociologie des configurations

Norbert Élias
L’une des œuvres qui ont le plus inspiré le travail dont est issu cet ouvrage, depuis le milieu des années 1990, est celle de Norbert Élias (1897-1990) 1, au moins autant que celle de Charles Wright Mills. La définition du concept de « configuration » 2 dans l’œuvre d’Élias est aussi introuvable que celle de « dispositif » dans celle de Michel Foucault et, dans les deux cas, il s’agit du concept central de la théorie d’ensemble. Celle d’Élias opère une synthèse des théories méthodologiques individualistes et holistes autant que des approches sociologiques et historiques (La société des individus, 1939/1987 3).

Pour donner de son concept central — que j’utiliserai souvent, voire en permanence — une définition succincte mais personnelle, la configuration, telle que la conçoit Élias, est à la fois une chaîne ou un réseau d’interdépendances entrecroisées (comme un filet) de communications entre des acteurs sociaux individuels ou collectifs et un processus historique de transformation de l’ensemble au rythme des initiatives (chacune affectant plus ou moins localement et globalement la configuration), prises par les acteurs, ceux-ci orientant leurs initiatives en fonction de la représentation mentale qu’il se font à chaque moment historique de l’état du réseau et de son évolution, c’est-à-dire de la configuration dans laquelle ils sont inclus ; leurs représentations sociales à ce sujet s’accumulant et se sédimentant au cours du temps formant des tendances culturelles plus ou moins évolutives et contraignantes, intériorisées par chacun dans le processus de socialisation primaire, comme par exemple la représentation sociale du temps (Du temps, 1984).

Configuration par Nicolas Duvoux

Le terme configuration a plusieurs acceptions en sociologie. Mintzberg l’emploie notamment pour décrire différents types d’organisations. Le terme renvoie cependant, d’abord, à la théorie élaborée par le sociologue allemand Norbert Élias 4. Ce concept signifie que la société est un réseau d’interdépendances entre individus. La société n’est donc pas une substance pas plus que l’individu ne saurait être isolé des chaînes d’interdépendances dans lesquelles il s’inscrit. Pour saisir la société, le raisonnement doit être relationnel, comme l’objet qu’il vise à appréhender.

Parler de configuration permet de mettre en lumière que la dépendance réciproque entre les individus est “la matrice constitutive de la société” 5. Les actions individuelles dépendent les unes des autres comme dans un jeu d’échecs par exemple où le déplacement d’un pion va modifier les actions possibles pour tous les pions. Ce concept renvoie donc à une conception fondamentalement relationnelle de la société. D’où l’erreur que fait selon Élias le sens commun (mais aussi la philosophie classique et une partie de la sociologie) lorsqu’il considère l’individu comme une réalité séparée alors même que celui-ci est le produit d’un processus de civilisation des mœurs et d’un développement déterminé des chaînes d’interdépendance. Les sociologues font une erreur symétrique lorsqu’ils accordent un privilège à la société en la concevant comme ayant une réalité propre. Pour Élias, la configuration individu-société et ses évolutions est ce que le sociologue doit décrire et analyser car ces relations sont aussi réelles que les parties qu’elles relient.

Dans cette perspective, le tissu de relations dont est faite la société s’apparente à un jeu, c’est-à-dire à une compétition porteuse d’une évolution. Le jeu est une “donnée élémentaire” 6. La métaphore du jeu indique que la vie sociale est concurrentielle et que les différents partenaires sont dans des relations d’interdépendance qui se stabilisent parfois dans un “équilibre des forces”. L’évolution des sociétés est expliquée par les modifications de cet équilibre par les actions individuelles et les effets qu’elles engendrent comme des réactions en chaîne. Ces réactions en chaîne modifient à leur tour le jeu et les joueurs.

En s’appuyant sur la métaphore du jeu, Norbert Élias définit dans le terme de configuration : “la figure globale toujours changeante que forment les joueurs ; elle inclut non seulement leur intellect, mais toute leur personne, les actions et les relations réciproques. […] Cette configuration forme un ensemble de tensions” 7. Et Jean-Hugues Déchaux d’opérer une synthèse de ce concept de configuration en affirmant qu’elle se caractérise “1/ par l’équilibre mobile des forces, et 2/ par les effets et contraintes de la compétition sociale qui […] concernent tant les actions que les pensées des joueurs” 8.

Largement supplantée par le concept de champ (§ 39) élaboré par Bourdieu pour décrire un système de relations dans lequel la domination est première et s’impose aux dominés sans qu’ils s’en aperçoivent, la façon dont Élias pense le jeu concurrentiel connaît un renouveau d’intérêt en France depuis les années 1990. Son approche est notamment mobilisée par des sociologues comme Bernard Lahire 9, plus soucieux de ne pas écraser la réflexivité des acteurs tout en maintenant la contrainte du monde social.

Nicolas Duvoux , « Configuration », Sociologie - Les 100 mots de la sociologie 10.

Le concept ouvre à l’analyse micro-sociologique des plus petites configurations, comme celles que forment ensemble deux joueurs d’échecs, ou à des configurations plus vastes, comme celles délimitées par référence à un individu célèbre, musicien (Mozart. Sociologie d’un génie, 1991 11) ou roi de France (La société de cour, 1974 12), à l’analyse d’une configuration de gouvernement national, comme dans ce dernier cas, ou encore aux problèmes d’exclusion dans la configuration locale d’une petite ville de banlieue britannique 13 autant qu’à l’analyse macro-sociologique des plus vastes configurations comme celle du processus de civilisation 14 en Occident (Le processus de civilisation, 1939 15). Élias synthétise dans un petit opuscule théorique (Qu’est-ce que la sociologie ?, 1970 16) plusieurs modèles de configuration, plus ou moins complexes, qui donnent des grilles d’analyse pour penser les situations de domination autant que celles d’interaction.

Ce concept de configuration, enfin, conduit à une théorie de l’observation participante — l’observateur étant toujours inclus dans un moment et un segment de la configuration qu’il observe — incitant aux équilibres ou aux oscillations qui sont nécessaires entre les engagements d’observation, entendus comme des immersions provisoires dans un milieu social spécifique, et les distanciations d’observation passant notamment par la (ré)immersion dans la recherche donc dans la bibliographie scientifique (Engagement et distanciation. Contribution à la sociologie de la connaissance, 1993 17). Il se peut que dans sa vie personnelle, Élias ait surtout subi les engagements, notamment durant les deux guerres mondiales, et surtout recherché les distanciations. Il a consacré sa vie entière à la compréhension. Cette vie ne fut peut-être pas très heureuse, dans les engagements et sur le plan affectif, mais l’œuvre qui en résulte est considérable (Norbert Élias par lui-même, 1991 18).

Critique du concept de « configuration » par Jean-Hugues Déchaux

L’article pointe trois faiblesses de la sociologie de Norbert Élias que l’examen critique de son concept central de “configuration” permet d’identifier. La première est son éclectisme. N. Élias louvoie constamment entre deux visions, “structurelle” et “interactionniste”, de la société. La configuration est posée tantôt comme une structure de lutte entre des groupes ou des individus situés hiérarchiquement, tantôt comme un jeu dont les effets échappent au calcul des acteurs. Il est bien possible que le social puisse être les deux à la fois, mais dans l’un et l’autre cas, la vision n’est qu’effleurée et laisse de nombreux problèmes en suspens. La deuxième faiblesse tient à l’écart entre la sévérité de N. Élias à l’endroit de ses prédécesseurs et la réalité de ses emprunts. Sa dette à l’égard de M. Weber est patente (l’idée d’effet non-voulu, son nominalisme, sa conception de l’État et de son émergence, sa vision d’une histoire soumise à la rationalisation), pourtant il ne le cite que très rarement et le juge rudement. La troisième faiblesse est dans l’orientation du travail de théorisation. Son mépris répété des spéculations métaphysiques invérifiables l’amène à vouloir “abolir les barrières entre théorie et empirisme”. Si l’ambition est louable, elle se traduit en fait par la généralisation d’une théorisation ad hoc. En filigrane de toutes ses considérations théoriques se retrouve toujours le schéma de la civilisation des mœurs. Cela donne à penser que la configuration n’a jamais réussi à s’abstraire de ce modèle et qu’elle n’est donc pas, au sens propre du terme, un concept.

Jean Hugues Déchaux, « Sur le concept de configuration : quelques failles dans la sociologie de Élias Norbert », Cahiers internationaux de Sociologie, 1995 19.

2- Gouverne-t-on ? (... une hypothèse floue)

En ce qui concerne l’hypothèse de réponse à la question centrale du présent ouvrage — Gouverne-t-on ? — je n’en avais évidemment pas en commençant en 1988, comme étudiant, à faire de la recherche... Et même ces dernières années. Mais le travail sur cet ouvrage et la relecture de l’ensemble des textes accumulés depuis 27 ans (notes de cours, notes de communications orales, publications, textes écrits non publiés...) font apparaître une hypothèse qui pourrait être aujourd’hui formulée ainsi : les processus et institutions étatiques de gouvernement (entendu en un sens plutôt eliassien, de gouvernement des mœurs, ou foucaldien, de gouvernement des conduites, et proche par d’autres aspects du termes actuel de « gouvernance » mais considérée sur une configuration nationale comme celle de la France au cours des XIXe et XXe siècles) de la société civile (relations sociales et économiques, créations technologiques, modes de vie et cultures...) s’adaptent lentement aux effets économiques et sociaux d’une industrialisation rapide, liée aux rythmes rapides des diffusions technologiques et de la croissance économique, l’adaptation étant fonction des intérêts et des compréhensions élitaires (doctrinales, scientifiques et culturelles) de ces évolutions et effets... L’État régulant ainsi et transformant, dans une certaine mesure, la société civile sous de multiples aspects.

L’hypothèse est énoncée ici par souci de transparence et non pour construire une théorie ou défendre véritablement une thèse spécifique. Il n’y a donc pas lieu d’expliciter tous les termes et expressions qui mériteraient d’être définis précisément pour construire une théorie générale, celle-ci n’entrant pas dans le présent projet. Mais pour donner plus de sens à cette orientation, dont l’honnêteté contraint à ne pas la laisser totalement implicite, je dirai qu’un événement aussi « politique » que la Révolution française de 1789 (mais que l’on peut aussi lire sous son aspect « économique » d’émergence d’une classe bourgeoise luttant contre la domination aristocratique), qui m’a semblé longtemps déterminant pour la compréhension des institutions étatiques, telles que l’on peut les connaître à travers l’histoire constitutionnelle et administrative du pays depuis deux siècles, me semble aujourd’hui moins important que la révolution industrielle du XIXe siècle, considérée dans ses effets immédiats sur la société civile et dans ses effets sur le siècle suivant.

Cela ne tranche pas le vaste débat sur les déterminations « en dernière instance » du politique et de l’économique dans l’interprétation du cours de l’histoire : la forme étatique étant constituée longtemps avant les deux siècles ici étudiés, l’État joue un rôle souvent majeur dans les processus économiques et sociaux, autant que ceux-ci pèsent sur les transformations de l’État probablement plus que les variations constitutionnelles ou électorales.

3- La technologie comme troisième variable ?

Et il y a peut-être une troisième variable à considérer dans l’histoire en vis-à-vis du politique et de l’économique : celle du technologique (dont le mot a une histoire de plusieurs siècles, si l’on remonte au moins jusqu’au XVIIe siècle 20) pour désigner la science industrialisée des techniques ou technologie industrielle, qui ne semble réductible ni seulement à la dimension économique des productions et diffusions industrielles ni seulement à celle des observations et concepts scientifiques issus de croyances antérieures à la période 21.

Le mot technologie désigne couramment aujourd’hui à la fois l’étude scientifique d’objets techniques (au sens classique : la technologie comme science d’objets — matériaux, procédés et instruments de transformation de la matière — dits techniques) et l’objet technique de l’étude scientifique ou résultant de cette étude (au sens récent : la technologie comme technique issue de la science) mais également, au XXe siècle au moins, les systèmes de relations de ces objets techniques et de cette science avec l’humain et ses sociétés (sens anthropologique : la technologie comme connaissance des relations de la technique et de son environnement humain). Marcel Mauss définissait ainsi la technologie (en regrettant sa marginalisation en France, comparée à l’Allemagne) :

Technologie : (1) étude matérielle : description et classification des techniques ; (2) étude de l’insertion sociale et rituelle des techniques ; (3) étude ethnologique et anthropologique comparative des sociétés ; (4) étude des relations entre science et technique.

Marcel Mauss, « Les techniques et la technologie », dans : Le travail et les techniques, 1948 22.

Depuis la diffusion en 1946 23 du mot technoscience par Harold D. Laswell, ce mot, probablement antérieur, est devenu un concept chargé de soixante ans d’histoires doctrinales complexes, dont celle d’une critique essentialiste de la technique (le sens en soi de la technique) qui me semble souvent faire l’impasse sur les conditions économiques de sélection des techniques les plus largement diffusées par l’industrie et les conditions culturelles et économiques d’usages sociaux de ces techniques.

Jacques Commaille et Françoise Thibault, Des sciences dans la science, Alliance Athena, 2015
Faute d’avoir encore suffisamment examiné cette histoire, je resterai prudent dans l’usage de ce concept et préférerai souvent parler de technologie ou de technologie industrielle. L’histoire de la science et celles de la technologie paraissent importantes dès le début de la période étudiée en tant qu’elles seront opposées à la religion dans la genèse du secteur éducatif public, les reconfigurations des secteurs de la recherche, et se dissocieront progressivement et idéologiquement l’une de l’autre autant que les deux ensemble vis-à-vis des humanités (même après l’invention des « sciences humaines et sociales » se séparant académiquement des arts et littératures). Ma préoccupation pour cette troisième variable est trop récente pour bien informer cet ouvrage (dans son état en septembre 2015). Elle fait l’objet d’un chantier de recherche en cours, en relation avec l’étude de la configuration numérique et son histoire de longue période, reliée par de multiples fils à celle beaucoup plus ancienne de la communication, de la science, de l’édition, de l’industrie, de l’informatique... c’est-à-dire souvent de dispositifs socio-techniques de communication et de production aux effets fortement transformateurs dans l’ensemble de la configuration des relations entre société civile et État.

4- Les relations État / société civile

L’analyse et la description de cette configuration, au niveau le plus général, nécessite d’utiliser, donc de distinguer, deux concepts sociologiques en les articulant, celui de société civile et celui d’État : celui d’État est bien (trop ?) connu et reconnu ; celui de « société civile » est plus flou et controversé, en France, dans la recherche autant que dans la didactique. Le concept de société civile a disparu de la plupart des manuels de science politique comme objet de parties ou chapitres (à quelques exceptions près), voire même des index lexicologiques, sans pour autant que les auteurs ne parviennent à s’en passer lorsqu’il faut évoquer ce que n’est pas l’État, ou ce qui n’en relève pas clairement. Rien n’oblige à suivre cette récente tradition académique d’éviction explicite et d’usage implicite, qui affaiblit les capacités d’analyse sociologique de plusieurs objets d’étude pouvant être tenus pour essentiels :

  • D’abord dans l’étude de la genèse historique de l’État démocratique-libéral (Cf. Partie - Fondements des États démocratiques), la sociologie (interprétative) du sens que donnent les acteurs sociaux du XVIIIe siècle à leurs révolutions ou réformes mais aussi celui, toujours discutable, que l’on peut y donner a posteriori par l’examen des relations sociales et des rapports de forces de l’époque, ne peut pas se passer de cette distinction. Mais l’on peut aussi se distancier des productions doctrinales relatives à la société civile (Aristote, Saint Augustin, Hobbes, Locke, Rousseau, Smith, Mandeville, Ferguson, Sieyès, Constant, Tocqueville, Proudhon, Hegel, Marx, Weber, Durkheim, Élias...) autant que celles de l’État, en tentant de faire la part des choses entre ce qui, dans ces œuvres, pourrait relever de l’intérêt à déformer la réalité pour mieux agir dessus, en influençant un public, et l’intérêt indissociablement lié au précédent de décrire assez correctement cette réalité — ce qui conserve à ces œuvres une utilité en socio-histoire —pour être efficace dans cette visée, c’est-à-dire crédible et convaincant vis-à-vis du public immédiat que les auteurs cherchaient peut-être à influencer.
  • On ne peut pas se passer non plus du concept de société civile dans l’étude du développement de l’État-providence et de ses interventions économiques et sociales (Cf. Partie - Expansion des objectifs et moyens de l’État et Partie - Sectorisation du gouvernement politique), sur les rapports de production (marchandisation du travail / « démarchandisation » par les multiples interventions, actions publiques, de l’État) ou sur la structure des inégalités sociales (inégalités sociales / égalitarisation des conditions par les interventions notamment fiscales et servicielles de l’État) — des interventions (dans quoi ?... si ce n’est...) dans autre chose que l’État lui-même, cette autre chose étant désignée soit de façon implicite par la notion de société — mais l’État en fait partie et, plus nettement encore, lorsque l’on parle de société globale, regroupement conceptuel de la société et de l’État qui signale le besoin de regrouper... quoi ?... si ce n’est deux choses à différencier. Et si société et société civile sont synonymes, ce qui est loin d’être le cas dans toutes les œuvres, alors préférera-t-on lever les ambiguïtés éventuelles en parlant de société civile.
  • La nécessité de ce concept apparaît aussi dans l’étude du phénomène partenarial de prolifération d’échanges et de négociations entre les administrations publiques et leurs interlocuteurs extérieurs, notamment les entreprises, dans l’action publique, autant que du fondement sociologique le plus essentiel dans lequel prend source ce phénomène, celui des vides juridiques — le « flou du droit » — qui laissent place aux échanges et aux arbitrages juridictionnels, voire aux tendances jurisprudentielles, autant qu’aux négociations partenariales de l’administration sur l’application du droit, ainsi que la valorisation internationale récente, depuis les années 1970 et 1980, d’une forme de gouvernement partenarial conçu par critique de la formule d’un État électoral et juridique (Cf. Partie - Fondements des États démocratiques) sans toujours prendre la peine de considérer, voire de mesurer, ce que la disparition théorique de cette forme d’État ferait perdre (Cf. Partie - Formalisation juridique et négociations et Partie - Gouvernement technologique et partenariats).
  • Last but not least, comment étudier le tournant de la « société numérique » dont l’origine historique, même dans l’histoire de l’informatique et plus encore dans les généralisations récentes dites « numériques » de son utilisation sociale quotidienne, n’est, de toute évidence, pas propulsée principalement par l’État — même si celui-ci y a joué des rôles importants — sans le concept de société civile ? Son éviction risquerait, en réduisant le politique à ses dimensions conçues dans l’État-nation, de rendre difficile l’analyse de ce tournant numérique, notamment dans ses dimensions internationalisées où l’État n’est plus aussi central, où son monopole territorialisé de la violence physique légitime se trouve relativisé dans ses effets sociaux potentiels, dans son efficacité, par des processus de communication autant que de production, aujourd’hui plus aisément délocalisés, dans les deux sens du terme (géographiquement situés ailleurs et sociologiquement non focalisés sur un public spécifique) par les acteurs sociaux, qu’il s’agisse d’individus, de réseaux ou d’entreprises (Cf. Partie - Connaître la configuration numérique ?).

Jérôme VALLUY‚ « Segment - Recherches didactiques en sociohistoire d’un État démocratique (France, XIXe - XXe siècle)  »‚ in Transformations des États démocratiques industrialisés - TEDI  - Version au 6 décembre 2019‚  identifiant de la publication au format Web : 20