Page du plan détaillé


Navigation par niveau


Navigation par tag


Navigation par EDC


navigation par suivi édito



rechercher un contenu


Suivi rédaction

Plan : Suivi rédactionnel pour travail collectif

SECTEUR COURANT DU MANUEL > TEDI - Transformations des États démocratiques industrialisés > Jérôme VALLUY    

  • Partie - Introduction - Éditorialisation scientifique et didactique
  • Chapitre - Vers une sociologie historique de la configuration numérique ?

    La question centrale de cet ouvrage renvoie à une problématique de sciences humaines et sociales sur le cours de l’histoire humaine, sur l’origine profonde des grandes évolutions culturelles, sociales, économiques et, au fond, sur la destinée humaine. Dans sa formulation la plus métaphysique, elle pourrait s’exprimer ainsi : le genre humain décide-t-il de son devenir ? Les transformations dans ce qu’il est, ses manières de vivre, de penser, d’agir, sont-elles de son fait ou simplement des faits constatables a posteriori, longtemps après ? À cette échelle de l’histoire, la production de réponses claires semble hors de portée, même si certains sociohistoriens ont tenté d’éclairer cette problématique par des efforts louables d’analyses panoramiques sur les milliers d’années qui nous précèdent. Mon parcours professionnel, transformé a posteriori en parti pris méthodologique, a conduit à la réduire en l’abordant par l’étude de configurations plus aisément maîtrisables dans des recherches sectorisées sur l’action publique, puis d’élargir graduellement l’échelle d’observation (Cf. Section - Gouverne-t-on ? Perspectives scientifiques et didactiques), au rythme notamment des enseignements et, par intérêt personnel, en l’étendant à la sociologie historique des relations société/État dans la France des XIXe et XXe siècles (Cf. Section - Recherches didactiques en sociohistoire d’un État démocratique (France, XIXe - XXe siècle)). Ce questionnement, face à l’ampleur considérable des transformations numériques qui s’opèrent actuellement, pourrait conserver une utilité dans les recherches scientifiques en cours visant à mieux comprendre la configuration numérique (Cf. Section - Recherches scientifiques sur l’historicité des communications numériques).

  • Section - Gouverne-t-on ? Perspectives scientifiques et didactiques

    La question se situe en amont de celle de l’identité sociale des gouvernants — Qui gouverne ? — et de celle des modalités pratiques et des instruments de la gouvernance — Comment gouverne-t-on ? —, et, ce qui est peut-être plus essentiel sur le plan théorique, les réponses à « Gouverne-t-on ? » balisent divers ensembles d’analyse que l’on retrouve dans des disciplines différentes, notamment en philosophie, en sociologie, en histoire et en économie, et pour des objets d’étude différents. De façon plus précise, elle peut-être ainsi reformulée : peut-on identifier un type d’acteurs sociaux (groupe, catégorie, classe...), même variables selon les périodes et les configurations, gouvernant l’histoire politique, économique et technologique séculaire, les relations entre la société et l’État et les processus complexes de décision engageant l’action publique sur des temps pluri-décennaux ?

  • Sous section - Action publique étatisée : émergente ou maîtrisée ?

Segment - Action publique étatisée : émergente ou maîtrisée ?

D. Rédaction stable pour relecture collective
III. Éditorialisation stable pour travail collectif


SOMMAIRE

1- Gouverne-t-on ? (...sur quelques décennies)

Dans l’analyse de l’action publique étatisée, ce que l’on désigne aussi par « politiques publiques » tout en considérant l’importance des acteurs non-étatiques dans les processus de décision, la question Gouverne-t-on ? prend tout son sens lorsque les enquêtes de terrain font découvrir le grand nombre et la diversité d’acteurs sociaux interdépendants pouvant être considérés comme les coauteurs d’une action publique. Cette question s’impose plus encore au vu de la prolifération des messages, divers dans leurs formes et dans leurs contenus, qui devraient être pris en considération pour retrouver le sens d’un processus d’action publique. On peut se demander alors si le processus social et historique que représente la formation d’une politique publique est effectivement maîtrisé — au moins par certains acteurs — ou si, au contraire, déclenché et perpétué par les actes de chacun, il se développe de manière autonome par rapport à ces actes et à leurs intentions. Dans les travaux relatifs à l’action publique, la prédominance ancienne du schéma interactionniste amène plutôt à une formulation inversée, mais symétrique : l’action publique suit-elle un cours historique qu’aucun agent particulier n’a déterminé par ses actes ou délibérément recherché ?

La bibliographie permet de faire ressortir, de ce point de vue, deux schémas d’interprétation, qui constituent les deux pôles d’un continuum entre lesquels se situent la plupart des études réalisées. La première position, que l’on peut qualifier d’interactionniste, voit chaque processus d’action publique se composer par interaction d’une multitude d’acteurs, comme un « effet émergent » ou « effet de composition », et suivre au cours du temps une évolution assez imprévisible, dont la trajectoire ne saurait être imputée à la volonté d’un acteur, d’un groupe ou d’une catégorie. La seconde position, que l’on nommera directionniste, attire au contraire l’attention sur le rôle prépondérant que joue(nt) une « classe sociale » ou bien une ou des « élites » susceptible(s) de peser sur les représentations sociales, les systèmes de valeurs, et de contrôler l’enchaînement des interactions sociales, qui donnent, au cours du temps, le sens que prend l’action publique.

2- Schéma interactionniste

Le schéma interactionniste, schéma fondateur de la policy analysis d’inspiration américaine, analyse le gouvernement comme un processus 1, met l’accent sur le caractère diffus et compensé 2 du pouvoir et, corrélativement, sur la précarité du leadership politique 3. De nombreux groupes ou leaders 4 s’inscrivent, en alliés ou en opposants, dans une compétition relativement fluide 5, faite de démarches essentiellement incrémentales 6 visant à orienter des actions publiques. Ces leaders et ces groupes subissent en outre les aléas des résultats électoraux 7, des sondages d’opinion 8 et des activités médiatiques 9 ; l’avènement d’un changement de fond dans l’action gouvernementale paraît dès lors conditionné à l’ouverture imprévisible et ponctuelle d’une fenêtre d’opportunité reliant l’évolution de la vie politique, la formation des problèmes sociaux et celle des politiques publiques 10.

La faible maîtrise de ces processus complexes et instables est liée aux limites cognitives des agents sociaux 11 et à la diversité de leurs valeurs, perceptions et objectifs 12. L’autonomie relative de l’action publique tient en outre aux processus bureaucratiques 13 de concrétisation des choix politiques et aux usages sociaux des règles de droit 14. La mise en œuvre des décisions publiques apparaît comme une source partiellement irréductible d’incertitudes qui laissent place à la redéfinition des orientations et fragilisent la frontière conceptuelle entre formulation et exécution 15.

Le pouvoir se conçoit alors comme essentiellement relationnel dans la perspective fluide des tactiques générales de la gouvernementalité 16. Dans le cadre de ce schéma, et dans ce cadre-là seulement, le problème majeur qui se pose est celui de la gouvernabilité 17 : comment face à une réalité sociale aussi fragmentée, fluide et incertaine, concevoir qu’un acte de gouvernance permette à un acteur quel qu’il soit, y compris l’État, d’atteindre effectivement les objectifs qu’il poursuit 18 ? C’est typiquement la question qui culmine au sommet de l’agenda scientifique des études interactionnistes.

3- Schéma directionniste

À l’opposé du précédent, le schéma directionniste, attaché pour partie aux analyses élitistes 19, marxistes 20, et néo-corporatistes 21, repose fondamentalement sur la reconnaissance d’une tendance à la concentration des ressources de pouvoir, selon des figures oligopolistiques (élites) ou monopolistiques (classe sociale), entre les mains de groupes dirigeant effectivement le système global et l’action publique 22. Une structure du pouvoir apparaît 23 en haut de laquelle sont située des élites dirigeantes, professionnalisées 24 dans des fonctions dites représentatives, qui laissent à la plus grande partie de la population le rôle de suivisme 25 ou de spectateurs passifs d’un espace public de représentation 26.

"Élite(s)" - Article de Claire Oger dans le "Publictionnaire. Dictionnaire encyclopédique et critique des publics" (2016)

Qu’on l’entende au singulier, comme désignant la fine fleur à laquelle s’attachent, dans un milieu donné, le prestige et les formes de la reconnaissance, ou au pluriel, comme la classe ou les groupes qui occupent, dans une société, les positions de pouvoir, le terme d’élite(s) évoque une minorité occupant, de droit ou de fait, une place prééminente (« l’élite de la nation » désignant souvent d’ailleurs les fleurons de « l’excellence » scolaire et/ou des grandes écoles). En ce sens la notion, plastique, peut se trouver articulée, selon les cadres théoriques et les contextes étudiés, avec celle de domination, de pouvoir, d’autorité, tant du point de vue social – et politique – que du point de vue symbolique. Les élites en effet peuvent être étudiées en tant que public(s) – comme en sociologie de la culture – ou envisagées en tant qu’énonciateurs légitimes et, dans ce cas, face à leur(s) public(s) : dans un cas comme dans l’autre la question de leur place reste indissociable de celle de leur reconnaissance ou de leur contestation. (...)

Élite(s) et autorité(s)

Un premier axe de réflexion envisage en effet le dire des élites comme doté d’une efficacité particulière : mérites ou excellence reconnus pour « l’élite », place effective et poids dans la décision – et l’action – pour « les élites », fournissent en effet les conditions d’une parole plus efficace, ainsi que les cadres d’un discours « d’autorité » – qui s’impose, et en impose.

Dans le monde stratifié que présuppose le mot lui-même, élite(s) et « grand public » forment les deux pôles opposés d’une chaîne dissymétrique selon laquelle tendent à s’imposer à tous les désignations, les catégories, les formes de « cadrage » qui prévalent chez ceux qui occupent les positions hautes. Les travaux qui s’y intéressent comprennent bien sûr au premier rang ceux de la sociologie critique et l’analyse des mécanismes de la domination symbolique (Bourdieu et Passeron, 1964, Bourdieu, 1979 et 1989), mais la débordent largement pour s’interroger aussi dans une perspective plus compréhensive, sur les valeurs les critères de décision, ou encore les répertoires d’arguments, dans certains cas les « grammaires » d’action, qui président à l’activité des élites dans le champ professionnel (Heinich, 2005 et 2009, Rieffel, 1984, Lemieux, 2010) aussi bien qu’à leurs interventions dans l’espace public ou à leur rôle déterminant dans la définition et la mise en œuvre de l’action publique. Sur ce dernier sujet également les approches théoriques divergent : si la phénoménologie sociale en effet ne place pas les élites au centre de ses analyses de la « construction des problèmes publics » (Cefaï, 1996, Quéré, 1992), les approches critiques en font un axe d’interprétation privilégié (Comby, 2009, Grossetête, 2008, Gilbert et Henry, 2012).

Quelques exemples de travaux, qui abordent la question des catégories ou schèmes de pensée imposés, illustrent leur diversité thématique aussi bien que la très grande hétérogénéité de leurs ancrages théoriques : aux travaux critiques d’un Van Dijk (1993) sur le racisme affleurant dans le discours des élites, on peut par exemple confronter des interrogations plus récentes sur l’assignation d’identité, développées en particulier dans le champ foisonnant des études de genre (Butler, 2004). Car la question de l’idéologie, telle que travaillée dans les sciences humaines et sociales dans les années 1970 – autour de la dissimulation, de l’aveuglement ou de la fausse conscience – a pu se prolonger à travers des approches sémiologiques et argumentatives des inégalités et discriminations davantage centrées sur la doxa, où les élites sont moins explicitement ou moins exclusivement mises en cause (Rennes, 2007, Kunert, 2014). Elle a pu aussi trouver des prolongements théoriques féconds avec le concept de « reconnaissance » (Honneth, 2000, Schepens, 2011), qui en renouvelle les enjeux, tout en abritant les mêmes interrogations sur les faux-semblants de l’ordre institué – ceux de la « fausse reconnaissance ».

Élites vs grand public

La question des formes que prennent le recouvrement ou le masquage de l’opposition entre élites et « grand public » – entre déni, de la part des uns, et dénégation de la part des autres – fait retour aussi et affleure sans cesse à travers un deuxième axe d’analyse : celui qui, sans nécessairement relever d’une sociologie du goût au sens strict, questionne la sociologie des pratiques culturelles, discursives, intellectuelles. Manières de dire (Oger, 2008), manières de faire, goûts, valeurs, objets de délectation (Coulangeon, 2010, Lahire, 2004, Pomian, 2003) tendent à former en effet – dès lors qu’il s’agit des élites – un modèle, à défaut une référence, qui rejaillit en cascade sur les groupes et les individus moins autorisés, et qui innerve les institutions. La « culture cultivée », en tant que culture élitaire et élitiste, occupe un sommet que tous sont invités à gravir pour s’élever eux-mêmes, en s’approchant des grandes œuvres patrimoniales. Le « grand public » apparaît alors sous les espèces du « peuple », objet des efforts d’une démocratisation dont les politiques culturelles du début des années 1960 avaient fait leur fleuron, au détriment d’approches alternatives de la culture, proposées notamment par l’éducation populaire et/ou l’animation socio-culturelle (Urfalino, 2004). S’il est convenu en France d’opposer à cette « démocratisation culturelle » les « années Lang » comme ère de la « démocratie culturelle », donnant droit de cité et lettres de noblesse aux musiques actuelles ou à la mode, on citera plutôt ici comme alternative aux conceptions portées par Malraux la révolution accomplie par les Cultural studies (Mattelart et Neveu, 2008) et leurs multiples ramifications et prolongements (des post colonial studies aux gender studies en passant par les porn studies…) : réception différenciée des stéréotypes, émancipation à l’égard des modèles imposés, description des styles de vie et des formes de sociabilité populaire conduisent à appréhender une dialectique entre légitimité culturelle et résistances, et à convertir la domination – vue comme un phénomène massif et stable – en hégémonie – vue comme une dissymétrie moins assurément établie, questionnée et travaillée à ses marges par des mouvements « contre-hégémoniques » et par la coexistence insistante des pratiques diversifiées de multiples publics (Macé et Maigret, 2005).

Une reconfiguration de la notion ?

Parallèlement à ce renouvellement des approches théoriques, l’irruption et l’explosion des pratiques numériques dites participatives ou collaboratives, le développement des dispositifs dits interactifs (pour une approche critique, Jeanneret, 2007) renouvelle, sinon l’organisation sociale et politique en profondeur, du moins l’accès à la visibilité (Voirol, 2005, Heinich, 2012) et à l’expression publique (Denouel, Granjon et Aubert, 2014). Dès lors, la question du partage entre élites et « grand public » se trouve reformulée en interrogations sur la distribution de la parole dans l’espace public, sur la transformation des conditions de production du discours légitime, le renouvellement et l’élargissement des critères et des conditions à remplir pour avoir « voix au chapitre ». De telles évolutions ouvrent sur le jeu complexe et contradictoire, décrit par Rancière (1995 et 1998), de la police, qui se soutient de l’ordre établi et de la distribution des places et de la politique, alors entendue comme travail du dissensus et de la mésentente, porteur de dynamiques émancipatrices. Elles invitent à reformuler la question des élites, de leur prééminence sociale et symbolique, en une interrogation sur les mutations de la crédibilité et les transformations des régimes d’autorité (Oger, 2013, Angenot, 2013).

La critique des élites, telle qu’elle se fait jour dans des mouvements sociaux contestataires, s’allie d’ailleurs au refus de souscrire aux modalités de prise de parole et de communication en usage dans les sociétés stratifiées : revendication d’anonymat voire d’interchangeabilité, refus de la personnalisation des fonctions de porte-parole, réticence à adopter les cadres établis d’une communication médiatisée, tous traits qui ont pu être relevés dans les mouvements « Occupy… », chez les « Indignés » ou les « Anonymous » et qui relèvent à la fois d’une contestation de la hiérarchie établie entre élites et grand public, et d’une subversion des modèles dominants de l’accès à la parole légitime et des formes instituées de la communication.

En ce sens, la mise en évidence des liens étroits qui l’unissent à la légitimité tend aujourd’hui à faire pâlir la notion d’élite(s) (au pluriel et plus encore au singulier) : d’un côté sa place se trouve subvertie par les droits reconnus à l’expression de l’amateur (Flichy, 2010) ou à celle de la société civile (Blondiaux et Fourniau, 2011), de l’autre ses « mérites » supposés se voient concurrencés par le talent, valeur centrale de la « critique artiste » nichée au cœur des sociétés néolibérales, et ferment de leur « créativité » (Boltanski et Chiapello, 1999, Bouquillion, 2012).

Bibliographie

  • Angenot M., 2013, Rhétorique de la confiance et de l’autorité, coll. « Discours social » volume XLIV, Montréal, Université McGill.
  • Bouquillion P. (dir.), 2012, Creative economy, creative industries : des notions à traduire, Presses universitaires de Vincennes.
  • Blondiaux L., Fourniau J.-M.,dir., 2011, « Démocratie et participation. Un état des savoirs » (dossier), Participations, vol. 1.
  • Boltanski L., Chiapello E., 1999, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard.
  • Bourdieu P., Passeron J.-C., 1964, Les Héritiers. Les Étudiants et leurs études, Paris, Éd. de Minuit.
  • Bourdieu P., 1979, La distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Éd. De Minuit.
  • Bourdieu P., 1989, La noblesse d’État. Grandes écoles et esprit de corps, Paris, Éd. de Minuit.
  • Butler J., 2004, Le pouvoir des mots : politique du performatif, Paris, Éd. Amsterdam.
  • Cefaï D., 1996 « La construction des problèmes publics. Définitions de situations dans des arènes publiques », Réseaux, 75, pp. 43-66.
  • Comby J.-B., 2009, « La contribution de l’État à la définition dominante du problème climatique », Les Enjeux de l’information et de la communication, 1, pp. 17-29.
  • Coulangeon P., 2010, Sociologie des pratiques culturelles, Paris, La Découverte.
  • Gilbert C. et Henry E., 2012, « La définition des problèmes publics : entre publicité et discrétion », Revue française de sociologie, 53, pp. 35-59.
  • Cardon D. et Granjon, F., 2014, Médiactivistes, Paris, Presses de Sciences Po.
  • Denouël J., Granjon F., Aubert A., 2014, Médias numériques et participation. Entre engagement citoyen et production de soi, Paris, Mare & Martin.
  • Flichy P., 2010, Le sacre de l’amateur : Sociologie des passions ordinaires à l’ère numérique, Éd. Le Seuil.
  • Grossetete M., 2008, « L’État conducteur. La circulation de la “sécurité routière” dans les journaux télévisés français », pp. 23-52, in : Marchetti D., Communication et médiatisation de l’Etat : la politique invisible, Presses universitaires de Grenoble.
  • Heinich N., 2005, L’élite artiste : excellence et singularité en régime démocratique, Paris, Gallimard.
  • Heinich N., 2009, Faire voir : l’art à l’épreuve de ses médiations, Bruxelles, Les Impressions nouvelles.
  • Heinich N., 2012, De la visibilité : excellence et singularité en régime médiatique, Paris, Gallimard.
  • Jeanneret Y., 2007, Y a-t-il (vraiment) des technologies de l’information ?, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2011.
  • Kunert S., 2014, Publicité, genre et stéréotypes, Fontenay-le-Comte, Lussaud.
  • Honneth A., 2000, La lutte pour la reconnaissance, Paris, Éd. du Cerf.
  • Lahire B., 2004, La culture des individus : dissonances culturelles et distinction de soi, Paris, La découverte, 2006.
  • Lemieux C., 2010, La subjectivité journalistique. Onze leçons sur le rôle de l’individualité dans la production de l’information, Paris, Éd. de l’École des hautes études en sciences sociales.
  • Mattelart A., Neveu E., 2008, Introduction aux Cultural studies. Paris, La Découverte.
  • Macé E., Maigret E., 2005, Penser les médiacultures. Nouvelles pratiques et nouvelles approches de la représentation du monde, Paris, A. Colin/INA.
  • Oger C., 2008, Le façonnage des élites de la République. Culture générale et haute fonction publique, Paris, Presses de Sciences Po.
  • Oger C., 2013, Discours d’autorité, discours autorisés. Faire référence et dire l’institution, « inédit » du dossier d’habilitation à diriger des recherches en sciences de l’information et de la communication, Université Paris-Sorbonne (CELSA).
  • Pomian K., 2003, Des saintes reliques à l’art moderne : Venise-Chicago ; XIIIe-XXe siècle, Paris, Gallimard.
  • Quéré L., 1992, « L’espace public  : de la théorie politique à la métathéorie sociologique », Quaderni, 18, pp. 75-92.
  • Rancière J., 1995, La mésentente. Politique et philosophie, Paris, Galilée.
  • Rancière J., 1998, Aux bords du politique, Paris, Gallimard.
  • Rennes J., 2007, Le mérite et la nature. Une controverse républicaine, l’accès des femmes aux professions de prestige (1880-1940), Paris, Fayard.
  • Rieffel R., 1984, L’élite des journalistes, Paris, Presses Universitaires de France.
  • Schepens P., 2011, « Le concept d’idéologie analysé depuis une position phénoménologique », Semen, 30, pp. 17-41.
  • Urfalino, P., 2004, L’invention de la politique culturelle, Paris, Hachette.
  • Van Dijk T. A., 1993, Elite discourse and racism, London, Sage.
  • Voirol O., dir., 2005, « Visibilité/invisibilité » (dossier), Réseaux, Vol 23, n°129-130.

Claire Oger, "Élite(s)" in : Publictionnaire. Dictionnaire encyclopédique et critique des publics. Mis en ligne le 07 novembre 2016 s : Texte intégral.

Le jeu politique se déroule alors essentiellement aux échelons supérieurs du pouvoir où les protagonistes agissent en fonction de visions du monde socialement construites 27 (généralement conformes à leurs intérêts respectifs), qu’ils tentent d’imposer et de transcrire en politiques publiques (textes juridiques, discours officiels, comportements individuels et collectifs...) 28. La réussite d’une telle tentative est fonction des rapports de forces et reflète finalement la situation de domination, relative ou absolue (hégémonie), acquise par une classe, une coalition 29 ou une catégorie sociale 30. Le champ politique, structuré par la compétition pour le contrôle de l’appareil d’État apparaît aux centres des recherches, les autres champs étant réputés lui être subordonnés par les lois 31.

L’observation des situations de domination ou d’hégémonie n’amène pas à en déduire l’immuabilité des situations et actions publiques, mais à s’interroger sur les conditions et modalités du changement dans leurs constructions sociales et intellectuelles. En effet, la concentration des ressources de pouvoir tendant à stabiliser les positions de domination ou d’hégémonie, stabilise aussi les orientations de politiques publiques et le changement, généralement conçu comme un basculement, une crise ou une succession de crises, apparaît alors comme un problème analytique de premier plan (comment expliquer ce basculement ou cette tendance ?) sur lequel se focalise typiquement l’agenda scientifique des études directionnistes 32.

Les deux schémas d’interprétation interactionniste et directionniste ne correspondent pas à des « écoles de pensée » au sens où les auteurs regroupés dans l’un et l’autre, aux deux échelles de temps, auraient conscience de faire partie d’un même ensemble intellectuel, dialogueraient entre eux dans une même époque ou à travers les époques mais à des « idéaltypes », selon la désignation de Max Weber, décrivant de façon stylisée, dans ce cas, des articulations d’analyses formant ensemble ces schémas de pensée (Cf. Sous-section - Interactionnisme, directionnisme (œcuménisme) : schémas de contrôles croisés).

Idéaltypes de Max Weber

En fait, le savant utilise très fréquemment des “idéaltypes” construits selon la “justesse normative” ; logiquement cependant, la “justesse normative” de ces types n’est pas la plus essentielle. En effet, lorsqu’un savant se propose par exemple de caractériser une forme spécifique de convictions typiques d’une époque, il peut aussi bien construire un type de convictions conforme à ses normes éthiques personnelles, et en ce sens objectivement “justes”, qu’un type absolument contraire à ses propres normes, pour y comparer ensuite le comportement des individus qu’il se propose d’examiner ; enfin il peut même construire un type de convictions auquel il n’attribue personnellement aucun prédicat positif ni négatif. À cet égard, ce qui est normativement “juste” ne possède aucune espèce de monopole. En effet, quelque soit le contenu de l’idéaltype rationnel, qu’il représente une norme de dogmatique juridique, de croyance éthique, esthétique ou religieuse ou bien une maxime technique, économique ou encore une maxime de politique juridique, sociale ou culturelle ou enfin n’importe quelle espèce d’“évaluation” élaborée de la façon la plus rationnelle possible, sa construction n’a dans les recherches empiriques que le seul but suivant : “comparer” à lui la réalité empirique et déterminer en quoi elle en diverge, s’en écarte ou s’en rapproche relativement, afin de pouvoir la décrire avec des concepts aussi compréhensibles et aussi univoques que possible, la comprendre et l’expliquer grâce à l’imputation causale. La construction rationnelle de concepts dans la dogmatique juridique remplit par exemple ces fonctions à l’usage de la discipline empirique de l’histoire du droit et la théorie rationnelle de la comptabilité à l’usage de l’analyse du comportement réel des unités économiques au sein d’une économie du profit. Les deux disciplines dogmatiques que nous venons de citer ont évidemment en plus, parce qu’elles sont également des “arts techniques”, des buts pratiques et normatifs éminemment importants. En vertu de leur particularité de sciences dogmatiques elles sont tout aussi peu des disciplines empiriques, au sens discuté ici, que par exemple les mathématiques, la logique, l’éthique normative ou l’esthétique, encore que pour d’autres raisons elles en diffèrent totalement de la même manière que celles-ci diffèrent entre elles.

Max Weber, Essais sur la théorie de la science (1904-1917), Plon, 1965, quatrième essai (1904), p. 45-46. Texte intégral.

Jérôme VALLUY‚ « Segment - Action publique étatisée : émergente ou maîtrisée ?  »‚ in Transformations des États démocratiques industrialisés - TEDI  - Version au 6 décembre 2019‚  identifiant de la publication au format Web : 16