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Suivi rédaction

Plan : Suivi rédactionnel pour travail collectif

SECTEUR COURANT DU MANUEL > TEDI - Transformations des États démocratiques industrialisés > Jérôme VALLUY    

  • Partie - Expansion des objectifs et moyens de l’État
  • Chapitre - Accroissement des moyens d’intervention publique
  • Section - Les interprétations de l’expansion de l’État

    Les phénomènes de croissance rapidement décrits pour la France n’ont rien de spécifique et s’observent aussi dans les autres pays. Les théories disponibles ne se rapportent pas spécifiquement à un pays — même si elles sont généralement construites à partir de l’observation d’une situation nationale — ; elles ont une portée assez générale. On sort du cadre spécifiquement français pour la recherche de ces explications.

    Il existe une grande variété d’explications qui mettent chacune l’accent sur un ou quelques aspects du développement de l’État-providence. Chacune constitue donc une interprétation partielle du phénomène d’ensemble. Et il est nécessaire de prendre connaissance de plusieurs thèses ou types d’analyse pour se faire une idée de cette vaste dynamique historique que constitue l’apparition de l’État-providence.

    Le classement de ces explications est délicat aussi bien au regard de leurs origines universitaires (ex. : certains économistes traitent de phénomènes non économiques) que leurs analyses du phénomène (NB : la plupart associe de multiples facteurs économiques, politiques, sociaux...). Cependant une présentation structurée par référence aux deux schémas d’interprétation déjà évoqués me semble assez pertinente :

    • dans une perspective interactionniste, l’expansion de l’État est présentée comme un phénomène subi par l’homme, produit par de multiples facteurs macro-économiques et la somme des pressions exercées par de multiples groupes d’intérêts.
    • dans une perspective directionniste, on rapporte cette expansion soit à une stratégie de la classe gouvernante pour faire face aux évolutions du système économique soit à des doctrines politiques ayant inspiré les élites gouvernementales et orienté leurs stratégies d’action publique.
  • Sous-section - L’effet des visées politiques (schéma directionniste)

    Les marxistes considèrent que ce développement est un effet des dysfonctionnements économiques mais un effet volontairement orienté et en tout cas entretenu pour réduire ou compenser ces dysfonctionnements (Cf. Segment - L’expansion de l’État comme « béquille du capitalisme »). D’autres enfin soulignent le rôle des courants d’idées politiques, des idéologies et des rapports de force électoraux pour expliquer l’augmentation des services produits par les autorités publiques (Cf. Segment - Le produit de doctrines et de légitimations politiques).

Segment - L’expansion de l’État comme « béquille du capitalisme »

II. En cours d’éditorialisation
D. Rédaction stable pour relecture collective


SOMMAIRE

Dans la tradition marxiste, le développement de l’État-providence correspond à une stratégie politique tendant à compenser certaines tendances économiques jugées néfastes. Cette analyse en termes de volontarisme politique n’est pas exempte d’ambiguïté : bien qu’attaché à un matérialisme historique qui fait de l’économie le moteur de l’histoire et du politique et non un simple reflet des rapports de production, le phénomène État-providence est perçu comme un palliatif ponctuel utilisé par la classe bourgeoise face au déclin pourtant inéluctable du capitalisme. Les interprétations marxistes ont en commun de soutenir la thèse de l’instrumentalité de l’État-providence : il est au service du capital et permet au système capitaliste de perdurer. C’est une simple « béquille du capitalisme » 1.

La bibliographie marxiste est trop abondante pour être résumée. Les travaux des années 1970 marquent particulièrement le débat avec les ouvrages de Nicos Poulantzas 2 en France, James O’Connor 3 aux États-Unis, Claus Offe 4 en Allemagne et Ian Gough 5 en Grande-Bretagne. La thèse centrale (l’État-providence au service du capital) a été déclinée à travers deux argumentations complémentaires :

1- État-Providence = instrument politique de légitimation du capitalisme

Les deux moyens précocement identifiés dans la pensée marxiste étaient la force (police + armée) et l’idéologie (église + intellectuels organiques + école...). Les politiques sociales viennent s’ajouter à cette panoplie d’instruments au service de la classe bourgeoise pour pérenniser le capitalisme malgré ses dysfonctionnements structurels et les crises qui en résultent. Gestion du chômage, logements sociaux, assurances maladies... sont des expédients permettant de gagner du temps (sur le sens de l’histoire = chute du capitalisme) en transférant à l’État la charge de résoudre ces crises économiques et sociales. C’est notamment la thèse de Jurgen Habermas dans Raison et légitimité. Problèmes de légitimation dans la capitalisme avancé 6 : la fonction de l’État-providence est de réduire l’impact des crises, notamment la crise de légitimité.

Remarque
Bien que marquée idéologiquement, cette analyse rejoint l’interprétation contemporaine des conditions d’émergence des premières politiques sociales sous Napoléon III et sous Bismarck : préoccupations tactiques (prévenir des potentialités révolutionnaires et stabiliser le régime en calmant la classe ouvrière).

2- État-providence = instrument économique de défense des profits privés

D’après les marxistes, l’une des tendances historiques lourdes dans l’évolution du capitalisme à long terme est l’abaissement du taux de profit. Dans cette perspective, l’accroissement des dépenses publiques caractéristiques de l’État-providence est interprété comme un moyen de revaloriser le capital :

Le propre de l’État, remarque Louis Fontvieille, est d’échapper à l’impératif du profit qui s’impose, au contraire, au capital privé. Cette particularité est à la base du développement d’un capital public dévalorisé, c’est-à-dire qui ne réclame pas la part qui devrait lui revenir dans le partage de la plus-value, augmentant d’autant la part des autres fractions du capital.

Louis Fontvieille, cité dans André Gueslin, L’État, l’économie et la société française, XIXe-XXe siècle, 1992 7.

L’État peut produire des services qui élargissent les bases de l’accumulation capitaliste, qu’il s’agisse de services rendus directement aux capitalistes (investissement en voie de communication) ou de services rendus aux travailleurs et ainsi indirectement aux capitalistes (investissements en formation, assistance vis-à-vis des plus démunis réduisant la pression sociale sur les conditions de travail...).

Remarque
Un grand nombre de dépenses publiques peuvent être analysées comme une manière indirecte d’augmenter les profits privés. Le phénomène socialisation des coûts + privatisation des bénéfices s’observe fréquemment.

Jérôme VALLUY‚ « Segment - L’expansion de l’État comme « béquille du capitalisme »  »‚ in Transformations des États démocratiques industrialisés - TEDI  - Version au 7 décembre 2021‚  identifiant de la publication au format Web : 126